Élise posa la carafe sur la table.
— Je vous laisse choisir.
Marc-Antoine leva enfin les yeux vers elle.
— Vous avez un accent.
Élise cligna des yeux.
— Pardon ?
— Un accent parisien.
— Je travaille à Paris depuis plusieurs années.
Il eut un sourire amusé.
— Ce n’est pas ce que j’ai demandé.
Camille baissa les yeux.
Élise comprit immédiatement.
Ce n’était pas une question.
C’était une façon de lui rappeler qu’elle était une employée.
— Je vais vous laisser consulter la carte, monsieur.
Elle s’éloigna.
À 21 h 14, le dîner semblait se dérouler normalement.
Marc-Antoine parlait fort.
Il racontait une négociation à Londres, une acquisition à Milan, un déjeuner avec un ministre qu’il appelait par son prénom.
Camille souriait lorsqu’il fallait sourire.
Mais Élise remarqua quelque chose.
La jeune femme ne mangeait presque pas.
Elle gardait les mains sous la table.
Et chaque fois que Marc-Antoine haussait la voix, ses épaules se crispaient.
À 21 h 47, Élise apporta l’addition.
Marc-Antoine sortit son portefeuille.
Puis son visage changea.
— Ma carte.
Camille releva la tête.
— Quoi ?
— Ma carte noire.
Il fouilla ses poches.
Une fois.
Deux fois.
Puis il se leva.
— Elle était là.
Élise s’approcha.
— Vous voulez que je vérifie auprès du vestiaire ?
Marc-Antoine la fixa.
— Vous étiez près de ma table.
— Oui, comme je le suis pour tous mes clients.
— Vous avez débarrassé mon assiette.
— Oui.
Il regarda autour de lui.
— Et ma carte a disparu.
Le restaurant commença à ralentir.
Quelques conversations s’éteignirent.
Marc-Antoine posa les deux mains sur la table.
— Appelez votre responsable.
Armand Delmas arriva immédiatement.
— Monsieur Vasseur ?
— Ma carte bancaire a disparu.
Armand regarda Élise.
— Morel ?
— Je n’ai rien pris.
Marc-Antoine eut un rire bref.
— Je n’ai pas dit que vous aviez pris quoi que ce soit.
— Vous venez de me regarder en le pensant.
Cette réponse surprit plusieurs clients.
Marc-Antoine se tourna vers elle.
— Faites attention à votre ton.
Élise resta droite.
— Je fais attention depuis que je suis entrée dans cette salle.
Armand intervint.
— Élise, va en cuisine.
— Pourquoi ?
— Parce que je te le demande.
Marc-Antoine leva une main.
— Non.
Il fixa Élise.
— Qu’elle reste.
Puis il regarda Armand.
— Faites fouiller son casier.
Le silence devint total.
Élise sentit son visage brûler.
— Vous m’accusez de vol ?
— Je demande une vérification.
— Devant tout le monde ?
— Si vous n’avez rien à cacher, cela ne devrait pas vous poser problème.
Camille se redressa.
— Marc-Antoine…
— Pas maintenant.
Élise regarda Armand.
Elle espérait qu’il dirait non.
Il ne dit rien.
Alors elle posa son plateau sur une table vide.
— Très bien.
Ils allèrent dans l’arrière-cour.
