Quelques cousins baissèrent les yeux.

Marion, elle, ne baissa pas les siens.

Elle regarda Chloé quelques secondes, puis posa tranquillement son verre sur la table.

— Tu sais ce qui est drôle ?

Chloé croisa les bras.

— Vas-y.

— Depuis dix ans, tu racontes à tout le monde que je suis susceptible. Que je manque d’humour. Que je dramatise. Et à force de le répéter, tout le monde a fini par le croire.

Elle regarda ses parents.

— Même vous.

Sylvie ouvrit la bouche.

— Marion…

— Non, maman. Aujourd’hui, laissez-moi finir.

Sa voix n’était pas forte.

Elle n’en avait pas besoin.

— Je n’ai pas organisé cette scène. Je n’ai pas préparé de discours. Je n’ai pas envie de me disputer. Mais je refuse encore une fois d’être celle qui doit sourire pour que Chloé puisse continuer à être gentille avec tout le monde.

Chloé souffla.

— Tu vois ? Elle recommence.

Marion se tourna vers elle.

— Alors parlons des faits.

Cette phrase changea immédiatement l’atmosphère.

Chloé cessa de sourire.

— Quels faits ?

Marion sortit son téléphone de son sac.

— Ceux concernant les 18 000 euros que tu me dois.

Le silence fut immédiat.

Sylvie regarda sa fille.

— Quels 18 000 euros ?

Chloé se redressa.

— Marion, ce n’est vraiment pas le moment.

— Tu as raison. Ce n’est pas le moment idéal. Mais apparemment, il faut toujours attendre qu’une personne soit humiliée en public avant d’avoir le droit de parler sérieusement.

Jean-Luc fronça les sourcils.

— De quoi s’agit-il ?

Marion regarda son père.

— Il y a deux ans, Chloé m’a demandé de lui prêter 12 000 euros pour compléter l’apport de son appartement. Elle m’a promis de me rembourser en six mois.

Chloé intervint immédiatement.

— Et je t’ai déjà rendu une partie.

— 2 000 euros.

— Donc tu ne peux pas dire que je ne t’ai rien rendu.

— Je n’ai jamais dit ça.

Marion fit défiler son téléphone.

— Ensuite, il y a eu 3 500 euros pour une échéance urgente. Puis 1 800 pour une facture professionnelle. Puis 700 pour ta voiture.

Chloé secoua la tête.

— Ce ne sont pas des prêts séparés.

— Justement. C’est ce que tu m’as dit à chaque fois.

Elle posa son téléphone sur la table.

— « Je te rends tout à la fin du mois. »

Personne ne parlait.

Marion poursuivit :

— Au total, il reste exactement 18 000 euros.

Sylvie regarda Chloé.

— Tu ne nous avais jamais dit que tu lui devais autant.

Chloé devint rouge.

— Parce que ça ne vous regarde pas !

Marion hocha lentement la tête.

— Tu as raison.

Elle reprit son téléphone.

— Ça ne les regarde pas.

Puis elle regarda sa sœur.

— Mais ça me regarde, moi.

Chloé resta silencieuse.