Marion aurait pu s’arrêter là.
Mais quelque chose avait changé.
Elle n’avait plus envie de gagner une dispute.
Elle voulait simplement sortir du rôle qu’on lui avait attribué.
— Je ne te demande pas de me rembourser demain, Chloé. Je ne te demande même pas de tout me rendre d’un coup.
— Alors qu’est-ce que tu veux ?
— Que tu arrêtes de prétendre que je suis quelqu’un qui arrive toujours avec des problèmes alors que tu passes ton temps à venir chercher des solutions chez moi.
Cette fois, personne ne rit.
Chloé regarda autour d’elle.
Elle chercha instinctivement un allié.
Sa mère.
Son père.
Un cousin.
Personne ne bougea.
Elle finit par lâcher :
— Tu as toujours été jalouse de moi.
Marion sourit tristement.
— Non.
— Si.
— Je n’ai jamais voulu ta vie.
Chloé haussa le menton.
— Bien sûr.
— Je ne voulais pas ton travail. Je ne voulais pas ton appartement. Je ne voulais pas ton fiancé. Je ne voulais pas tes vêtements, tes vacances ou tes photos parfaites.
Marion marqua une pause.
— Je voulais simplement que tu me respectes.
Cette phrase fit plus de dégâts que les précédentes.
Sylvie baissa les yeux.
Jean-Luc soupira.
Puis il se leva.
— Chloé.
Sa fille se tourna vers lui.
— Quoi ?
— Elle a raison.
Chloé le fixa comme si elle ne le reconnaissait plus.
— Papa ?
— J’aurais dû le dire plus tôt.
Il regarda Marion.
— Et je suis désolé.
Marion ne répondit pas immédiatement.
Son père continua :
— Pendant des années, j’ai préféré ne rien dire parce que je déteste les disputes. Je pensais que si je laissais passer, les choses finiraient par se calmer.
Il eut un sourire amer.
— En réalité, je laissais simplement ta sœur continuer.
Sylvie se mit à pleurer doucement.
— Je ne pensais pas que tu le vivais comme ça.
Marion la regarda.
— C’est justement le problème, maman.
Elle prit une inspiration.
— Vous ne pensiez jamais à ce que je vivais. Vous pensiez à ce qui permettait à la famille de rester tranquille.
Personne ne répondit.
Même les enfants avaient cessé de courir près de la table.
Après quelques secondes, Marion se rassit.
— Je ne veux pas passer le reste de ma vie à vous faire la liste de tout ce qui m’a blessée. Je veux juste que ça s’arrête.
Chloé, toujours debout, demanda d’une voix plus faible :
— Et si je te rembourse ?
Marion leva les yeux.
— Ce n’est pas seulement une question d’argent.
— Alors quoi ?
— Commence par ne plus m’emprunter d’argent.
Chloé eut un petit rire nerveux.
— D’accord.
— Ne me demande plus de mentir pour toi.
Silence.
— Ne me demande plus de te couvrir auprès de maman et papa.