Cette fois, Inès n’hésita pas.

Elle prit Malo dans ses bras et l’emmena jusqu’au petit bureau de Madame Dufour.

L’intendante leva immédiatement les yeux de son ordinateur.

— Qu’est-ce que vous faites ?

Inès désigna l’enfant.

— Il souffre. Il faut appeler un médecin.

Madame Dufour se leva.

— Monsieur Delcourt ne veut plus aucun médecin ici sans son accord.

Inès resta immobile.

— Alors appelez-le lui.

— Inès…

— Maintenant.

Le ton était inhabituellement ferme.

Madame Dufour ouvrit la bouche pour répondre, mais Malo attrapa soudain la manche d’Inès.

Il leva la main vers son oreille.

Puis il fit le même geste qu’il avait fait quelques jours auparavant.

Ses deux paumes contre son cœur.

En sécurité.

Inès comprit.

Il lui faisait confiance.

Elle sortit son téléphone.

— Je vais appeler les urgences.

Madame Dufour pâlit.

— Vous n’avez pas le droit.

— Et vous n’avez pas le droit de laisser un enfant souffrir simplement parce que son père est riche.

Le silence tomba.

Mais quelqu’un avait déjà entendu.

Étienne Delcourt venait d’apparaître au bout du couloir.

Son visage était fermé.

— Qu’est-ce que vous venez de dire ?

Inès se retourna.

— Votre fils souffre.

— Je sais.

— Non. Vous savez qu’il ne parle pas. Ce n’est pas la même chose.

Étienne s’approcha.

Son regard passa de Malo à Inès.

— Qu’avez-vous fait ?

— Rien.

Elle désigna l’oreille de l’enfant.

— Je l’ai seulement regardé. Il y a quelque chose qui ne va pas.

Étienne se figea.

Puis son visage se durcit.

— Vous êtes femme de ménage.

Inès encaissa.

— Oui.

— Vous n’êtes ni médecin ni spécialiste.

— Non.

— Alors vous allez arrêter immédiatement de faire semblant de savoir ce que vous racontez.

Malo se mit à trembler.

Étienne le vit.

Et pendant une seconde, quelque chose passa dans son regard.

De la peur.

Mais elle disparut aussitôt.

— Appelez le docteur Varenne, ordonna-t-il.

Inès fronça les sourcils.

— Celui qui suit Malo depuis des années ?

— Oui.

— Non.

Étienne la regarda avec incrédulité.

— Pardon ?

— Appelez quelqu’un d’autre.

Le visage d’Étienne devint glacial.

— Sortez de cette maison.

Inès ne bougea pas.

— Monsieur Delcourt…

— Vous êtes renvoyée.

Malo attrapa soudain sa main.

Étienne regarda son fils.

Le garçon secouait violemment la tête.

Puis il fit quelque chose qu’il n’avait jamais fait devant son père.

Il désigna Inès.

Puis son oreille.

Puis il pointa la porte.

Étienne resta sans voix.

Il ne comprenait pas tous les gestes de son fils.