Dans l’ascenseur, Élise ne pleura pas.
Pas devant les cadres qui entraient et sortaient à chaque étage.
Pas devant le réceptionniste qui détourna les yeux.
Pas devant le vigile qui l’avait vue arriver presque chaque matin pendant trois ans.
Elle attendit d’être sortie de la tour.
Puis elle s’assit sur un banc, près de l’esplanade de La Défense, et posa les deux mains sur son ventre encore plat.
— Je suis désolée, murmura-t-elle.
Elle ne savait même pas si elle parlait à son enfant ou à elle-même.
Son téléphone vibra.
Un message d’Antoine.
« Passe demain aux RH. Ton contrat sera soldé. »
Pas une question.
Pas un regret.
Pas même un « prends soin de toi ».
Élise verrouilla son téléphone.
Elle rentra à Montrouge à pied.
Ce soir-là, elle vida son placard.
Elle ne voulait plus rien qui lui rappelât Antoine.
Les robes qu’il lui avait offertes.
Le sac acheté après un déplacement à Milan.
Une montre qu’il lui avait donnée en disant qu’elle devait « apprendre à avoir l’air moins pauvre ».
Elle mit tout dans deux cartons.
Puis elle s’arrêta devant un objet.
Une petite clé USB.
Antoine la lui avait confiée deux mois auparavant pour préparer une présentation.
Elle aurait dû la rendre.
Mais elle se souvint soudain d’une phrase qu’elle avait entendue ce jour-là.
« Personne ne vérifie jamais les vieux dossiers. »
Élise resta immobile.
Elle était assistante de direction.
Elle savait classer des contrats.
Elle connaissait les noms des filiales.
Elle savait quels fournisseurs avaient changé de banque.
Elle avait même remarqué, depuis plusieurs mois, des factures qui revenaient avec les mêmes montants mais des sociétés différentes.
À l’époque, elle n’avait rien dit.
Elle pensait qu’Antoine maîtrisait tout.
Cette nuit-là, elle ouvrit la clé USB.
Il y avait une présentation inachevée.
Des tableaux.
Des factures.
Et un dossier qu’elle n’avait jamais vu.
« Projet Vaugrenard ».
Élise fronça les sourcils.
Elle ouvrit le premier fichier.
Puis le deuxième.
Puis le troisième.
Son visage changea.
Delmas Bâtiment avait versé près de 4,8 millions d’euros à plusieurs sociétés de conseil qui avaient toutes le même bénéficiaire indirect.
La famille Vaugrenard.
Mais quelque chose était encore plus étrange.
Ces paiements avaient commencé six mois avant qu’Antoine annonce son mariage avec Clémence.
Élise passa la nuit à vérifier les documents.
À 5 h 17, elle comprit.
Le mariage n’était pas seulement sentimental.
Antoine voulait fusionner une partie du groupe Delmas avec une holding contrôlée par les Vaugrenard.
Et pour y parvenir, il avait besoin d’un audit propre.
Or plusieurs contrats comportaient des signatures électroniques irrégulières.
