Certaines factures semblaient avoir été antidatées.
Élise prit une profonde inspiration.
Elle aurait pu détruire la clé.
Elle aurait pu tout oublier.
Mais quelque chose en elle avait changé.
Elle ne voulait pas se venger.
Elle voulait se protéger.
Le lendemain, elle prit rendez-vous avec une avocate indépendante, Maître Sarah Benhamou.
Elle ne donna pas le nom d’Antoine au téléphone.
Elle dit seulement :
— J’ai besoin de savoir ce que valent des documents que j’ai légalement en ma possession.
Sarah examina les fichiers.
Au bout d’une heure, elle releva la tête.
— Vous êtes enceinte ?
Élise hocha la tête.
— Et l’homme concerné est lié à cette entreprise ?
— Oui.
Sarah referma doucement le dossier.
— Alors vous allez faire deux choses. Vous ne contactez plus cet homme seule. Et vous ne modifiez absolument aucun fichier.
— Pourquoi ?
— Parce que si ces documents sont authentiques, votre problème n’est plus seulement sentimental.
Élise avala difficilement.
— Il pourrait avoir des ennuis ?
— Peut-être.
Sarah la regarda droit dans les yeux.
— Mais ce n’est pas à vous de décider. Nous allons laisser les preuves parler.
Les semaines suivantes furent étranges.
Élise ne retourna pas chez Delmas Bâtiment.
Elle trouva un petit travail dans un cabinet d’architectes.
Elle continua sa grossesse discrètement.
Antoine, lui, ne donna presque aucun signe de vie.
Puis les photos apparurent dans les journaux.
Antoine Delmas et Clémence de Vaugrenard.
Fiançailles.
Dîner privé.
Projet de mariage.
Élise regardait parfois les images sans ressentir de jalousie.
Elle ne voyait plus l’homme qu’elle avait aimé.
Elle voyait un étranger dans un costume impeccable.
Un matin, Sarah l’appela.
— Élise, il y a un problème.
— Lequel ?
— Votre ancien employeur affirme que vous avez volé des documents confidentiels.
Le monde sembla s’arrêter.
— Quoi ?
— Antoine a déposé une plainte.
Élise ferma les yeux.
Il voulait l’effrayer.
Il voulait récupérer la clé.
— Il dit que vous avez emporté des fichiers appartenant à l’entreprise et que vous essayez de faire pression sur lui à cause de votre grossesse.
Élise resta silencieuse.
Puis elle demanda :
— Et maintenant ?
— Maintenant, nous répondons avec des preuves.
Sarah avait déjà préparé un dossier.
Elle démontra qu’Élise avait reçu légalement la clé USB dans le cadre de ses fonctions.
Elle démontra également que les fichiers qu’elle avait consultés avaient été modifiés avant même son départ.
Et surtout, elle remit aux autorités les documents concernant les transferts financiers.
L’enquête s’élargit.
Quelques jours plus tard, le conseil d’administration de Delmas Bâtiment convoqua Antoine.
Clémence était présente.
Son père également.
Antoine entra dans la salle avec l’assurance d’un homme habitué à ce que les autres attendent ses décisions.