Henri avait été patient, presque tendre.

Et c’est précisément ce souvenir qui sauva Claire.

Parce qu’au milieu de la peur, une autre phrase lui revint.

Une phrase que son grand-père lui avait répétée lorsqu’elle était enfant :

« Quand tu ne sais plus quoi faire, cherche toujours ce que les autres ont oublié de regarder. »

Claire ne savait pas pourquoi cette phrase lui revenait maintenant.

Mais elle ouvrit les yeux.

Au-dessus d’elle, la pluie avait commencé à creuser de petits sillons dans la terre fraîche.

Elle aperçut une racine épaisse qui traversait le bord de la fosse.

Une racine du vieux magnolia sous lequel sa mère aimait s’asseoir.

Claire comprit qu’elle n’était pas entièrement recouverte.

Elle rassembla ce qui lui restait de forces et bougea suffisamment pour dégager son visage.

Puis elle attendit.

Pas longtemps.

Parce que quelqu’un d’autre était déjà en train de chercher cette maison.

À plusieurs kilomètres de là, un homme regardait son téléphone dans une voiture garée devant un portail fermé.

Il s’appelait Gabriel Moreau.

Depuis six mois, il travaillait pour Henri Delorme comme responsable de la sécurité du domaine.

Officiellement, il avait été engagé pour protéger le patriarche contre les risques liés à son âge et à ses déplacements.

Officieusement, Henri lui avait confié une mission bien différente.

Surveiller Laurent.

Car trois semaines avant sa mort, Henri avait découvert quelque chose.

Des transferts financiers.

Des sociétés intermédiaires.

Des contrats signés à son insu.

Et surtout, plusieurs documents qui prouvaient que quelqu’un cherchait progressivement à prendre le contrôle de Delorme Fret & Transit.

Henri avait alors demandé à Gabriel de ne faire confiance à personne.

Pas même à sa propre famille.

La dernière instruction qu’il lui avait donnée avant son hospitalisation avait été étrange.

« Si Claire disparaît, ne cherchez pas d’abord où elle est. Cherchez pourquoi quelqu’un avait besoin qu’elle disparaisse. »

Cette phrase avait obsédé Gabriel.

Et ce soir-là, son téléphone avait reçu une alerte.

Le téléphone de Claire venait de se connecter brièvement au réseau interne du domaine.

Puis plus rien.

Gabriel avait immédiatement pris la route.

Lorsqu’il arriva derrière la maison, il aperçut les traces de pneus dans la boue.

Il descendit.

La pluie avait effacé une partie des empreintes.

Mais pas toutes.

Puis il entendit quelque chose.

Un bruit faible.

Régulier.

Il s’approcha du jardin.

— Claire ?

Aucune réponse.

Il appela une seconde fois.

Cette fois, il entendit un son étouffé.

Il se précipita vers la serre.