— Mais Manon n’y est pour rien.

— Je ne lui reproche pas d’accepter une maison qu’on lui offre.

— Alors pourquoi tu fais tout ce scandale ?

Claire resta silencieuse quelques secondes.

— Parce que vous appelez « scandale » le fait que je pose enfin une question.

La tante raccrocha.

Puis ce fut son cousin.

Puis une autre tante.

Puis son père.

Gérard fut le premier à venir directement chez elle.

Il resta debout devant la porte avec un vieux manteau et un visage fatigué.

— Je peux entrer ?

Claire hésita.

Puis elle ouvrit.

Ils s’installèrent dans le salon.

Pendant plusieurs minutes, Gérard ne parla pas.

— Je savais que tu payais certaines choses, finit-il par dire.

Claire le regarda.

— Certaines ?

Il baissa les yeux.

— Je savais que tu avais repris les mensualités au début.

— Et après ?

— Après… ça s’est installé.

— Comme si c’était normal.

Il ne répondit pas.

— Papa, tu savais que maman allait donner la maison à Manon ?

Gérard inspira profondément.

— Oui.

Cette réponse fut presque plus douloureuse que tout le reste.

— Depuis quand ?

— Depuis plusieurs mois.

Claire se leva.

— Plusieurs mois ?

— On pensait que tu serais contente pour ta sœur.

Elle éclata d’un rire incrédule.

— Vous pensiez que je serais contente de découvrir devant cent vingt personnes que la maison que j’ai empêchée de perdre pendant cinq ans était devenue le cadeau de mariage de ma sœur ?

Gérard passa une main sur son visage.

— On ne savait pas comment t’en parler.

— Vous aviez cinq ans pour apprendre.

Il ne trouva rien à répondre.

Puis il sortit une enveloppe de sa poche.

— Il y a quelque chose que je dois te montrer.

Claire s’assit de nouveau.

Gérard posa l’enveloppe sur la table.

À l’intérieur se trouvait une ancienne attestation bancaire.

Claire la parcourut.

Puis elle releva lentement les yeux.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Le prêt initial.

— Je connais le prêt.

— Non. Tu connais seulement celui que tu payais.

Il désigna une ligne.

— Regarde le nom du garant.

Claire fixa le document.

Son propre nom apparaissait.

Elle sentit son estomac se nouer.

— Pourquoi mon nom est là ?

Gérard déglutit.

— Parce que lorsque la banque a accepté de restructurer le prêt, elle a demandé une garantie supplémentaire. Tu l’as signée il y a cinq ans.

Claire se souvenait vaguement du document.

Sa mère lui avait dit qu’il s’agissait d’une simple formalité.

Elle avait signé parce qu’elle leur faisait confiance.

— Tu m’avais dit que ce n’était qu’un document administratif.

— Je sais.

— Et si vous aviez perdu la maison ?

— Tu aurais pu être appelée à couvrir une partie de la dette selon les conditions du contrat.