— La clause 2 en anglais dit que Delmas Europe conserve la maîtrise opérationnelle des entrepôts en France.

Élise fit glisser son doigt sur la ligne.

— Mais la version néerlandaise prévoit que le partenaire néerlandais peut prendre le contrôle des opérations si certains objectifs de rentabilité ne sont pas atteints pendant deux trimestres consécutifs.

Henri fronça les sourcils.

— Et alors ?

— Alors que les deux versions ne disent pas la même chose.

Un silence pesant s’installa.

Claire se pencha vers le document.

— Donnez-moi ça.

Élise lui tendit les pages.

Claire lut rapidement les deux paragraphes.

Son expression changea.

— Elle a raison.

Adrien se redressa.

— Sur quoi ?

Claire leva les yeux.

— Sur le fait que cette clause est contradictoire.

Henri arracha presque les documents de ses mains.

— Impossible.

Élise resta parfaitement immobile.

Henri parcourut les pages.

— Ce contrat a été vérifié par notre cabinet.

— Peut-être, répondit Élise doucement. Mais quelqu’un a utilisé deux versions différentes de la clause de contrôle opérationnel.

Adrien ricana.

— Et maintenant notre femme de ménage donne des conseils juridiques ?

Élise le regarda.

— Non. Je vous indique simplement ce qui est écrit.

Claire prit son téléphone.

— Je vais appeler notre conseil externe.

Henri frappa la table du plat de la main.

— Personne n’appelle personne !

Claire se tourna vers son père.

— Pourquoi ?

Henri ne répondit pas.

Élise sentit alors quelque chose.

Ce n’était pas seulement de la colère.

Henri avait peur.

Elle regarda de nouveau le document.

Puis une petite ligne en bas de page attira son attention.

— Il y a aussi cette annexe.

Henri se figea.

— Quelle annexe ?

— L’annexe C.

Claire parcourut les pages.

— Elle n’est pas dans mon exemplaire.

Adrien se leva.

— Ça suffit.

Élise continua.

— Dans la version néerlandaise, l’annexe C prévoit une garantie personnelle de Delmas Europe en cas de défaut de paiement du partenaire allemand.

Claire pâlit.

— Une garantie personnelle ?

Henri lui prit le document.

— Ce n’est pas une garantie personnelle. C’est une garantie du groupe.

Élise secoua légèrement la tête.

— Non.

Tout le monde la regarda.

— La formulation néerlandaise utilise une expression qui engage directement la société mère. Mais la version française parle d’une garantie limitée à la filiale logistique.

Claire comprit immédiatement.

— Si nous signons cette version, le groupe peut être exposé sur l’ensemble de l’opération.

Henri resta silencieux.

Adrien regarda sa sœur.

— Tu es sûre ?

— Oui.

Elle se tourna vers Élise.

— Comment avez-vous vu ça aussi vite ?

Élise hésita.

— Parce que je l’ai déjà étudié.

— Où ?

Élise baissa les yeux.

— Chez moi.

Henri eut un rire sec.