L’homme ne regarda pas la voiture d’Adrien.
Il se contenta de resserrer une main autour des rênes.
— Ne vous retournez pas.
Clémence, pourtant, se retourna.
La voiture noire avait disparu.
— Vous les connaissez ?
L’homme resta silencieux quelques secondes.
— Je connais surtout le genre d’hommes qui abandonnent quelqu’un puis restent assez près pour vérifier si cette personne trouve quelqu’un d’autre.
Cette phrase glaça Clémence plus que la pluie.
— Qui êtes-vous ?
— Gabriel.
— Gabriel comment ?
Il la regarda enfin.
— Pour l’instant, Gabriel suffira.
Il lança le cheval au pas.
Clémence n’eut pas la force de discuter.
Ils quittèrent la route départementale, empruntèrent un ancien chemin forestier et, après une vingtaine de minutes, arrivèrent devant une maison en pierre presque entièrement recouverte de lierre.
Le toit était partiellement effondré. Une fenêtre n’avait plus de vitre. La cheminée penchait dangereusement.
Clémence regarda la bâtisse.
— Vous habitez là ?
— Oui.
Elle eut un petit rire nerveux.
— C’est une ruine.
— Je sais.
Il descendit du cheval et lui tendit de nouveau la main.
— Mais il y a un toit.
À l’intérieur, pourtant, Clémence découvrit une pièce étonnamment propre.
Un vieux poêle chauffait encore. Une table en bois occupait le centre de la cuisine. Deux fauteuils étaient placés devant le feu. Il y avait des couvertures pliées, des bûches parfaitement empilées et même une petite bibliothèque.
Gabriel prit une serviette.
— Enlevez votre voile.
Clémence hésita.
— Je ne vais rien vous faire, dit-il simplement. Vous êtes frigorifiée.
Elle retira son voile.
Puis ses chaussures.
Puis, après quelques secondes de gêne, elle s’assit près du feu.
Gabriel lui servit une soupe chaude sans poser de question.
Elle mangea en silence.
À la troisième cuillerée, les larmes commencèrent à couler.
Elle essaya de les essuyer.
— Désolée.
Gabriel leva les yeux.
— Pourquoi ?
— Je pleure devant un inconnu.
— Vous venez d’être abandonnée le jour de votre mariage. Vous avez le droit de pleurer.
Cette fois, elle ne put plus se retenir.
Elle pleura longtemps.
Gabriel ne la toucha pas.
Il resta simplement assis à quelques mètres, silencieux, comme s’il savait que certaines douleurs avaient besoin d’espace avant d’avoir besoin de paroles.
Cette nuit-là, Clémence dormit dans une petite chambre à l’étage.
Au matin, elle se réveilla avec une robe propre posée sur une chaise.
Une robe simple, en laine grise.
Sur le lit, un mot.
« La vôtre était pleine de boue. »
Clémence descendit.
Gabriel réparait une fenêtre.
