Les documents de Gabriel furent authentifiés.
Les parts de Clémence furent protégées par décision judiciaire.
Et la maison en ruine devint peu à peu un autre endroit.
Clémence y resta.
Elle avait découvert qu’elle aimait restaurer les vieilles pierres. Gabriel lui apprit à lire les plans, à réparer les murs, à choisir les matériaux.
Six mois plus tard, ils avaient remplacé le toit.
Un an plus tard, la maison était magnifique.
Un soir d’été, Clémence se tenait sur la terrasse lorsqu’elle aperçut Gabriel arriver avec deux tasses de café.
— Tu sais, dit-elle, quand je suis montée sur ton cheval cette nuit-là, je pensais que ma vie était terminée.
— Je sais.
— Et toi ?
Il lui tendit une tasse.
— Moi, je pensais que tu allais me demander de te ramener en ville.
Elle sourit.
— Pourquoi tu ne m’as jamais demandé de partir ?
Gabriel regarda les montagnes.
— Parce que tu venais déjà de rencontrer assez de gens qui voulaient décider pour toi.
Clémence resta silencieuse.
Puis elle prit sa main.
— Et toi, tu ne veux rien décider pour moi ?
Gabriel secoua la tête.
— Non.
— Même pas si je veux rester ?
Il la regarda.
Cette fois, il sourit.
— Ça, j’aimerais bien.
Clémence posa sa tête contre son épaule.
Quelques mois plus tard, elle retourna une dernière fois sur la route départementale.
Elle descendit de voiture, regarda le fossé où son bouquet avait été écrasé et resta quelques secondes sans bouger.
Puis elle sourit.
Elle n’éprouvait plus de honte.
La femme abandonnée en robe de mariée n’était plus là.
À côté d’elle, Gabriel posa doucement une main dans son dos.
— On rentre ?
Clémence regarda la route.
Puis la montagne.
Puis l’homme qui, des mois auparavant, lui avait tendu la main sans lui demander son nom, son argent ou ce qu’elle pouvait lui apporter.
— Oui.
Elle prit sa main.
Et ils repartirent ensemble.
Adrien avait voulu qu’elle retourne dans une maison où elle n’était aimée que lorsqu’elle était utile.
Gabriel lui avait offert une maison en ruine sans jamais lui demander de devenir quelqu’un d’autre.
Clémence comprit alors que certaines personnes vous abandonnent au moment où elles pensent que vous ne leur servez plus à rien.
Et que parfois, le plus grand miracle n’est pas de retrouver celui qui vous a perdu.
C’est de rencontrer quelqu’un qui, dès le premier jour, ne vous a jamais considérée comme une chose à posséder.
La vieille maison avait été presque détruite.
Mais c’était là, entre ses murs fissurés et ses fenêtres sans vitres, que Clémence avait enfin trouvé quelque chose qu’elle n’avait jamais eu dans le domaine Delatour :
un endroit où elle n’avait rien à prouver.
Et lorsqu’un an plus tard, elle épousa Gabriel dans le jardin de cette maison, elle ne porta ni robe coûteuse, ni voile, ni bijoux de famille.
Elle portait une robe blanche très simple.
Et lorsqu’on lui demanda pourquoi elle souriait autant, elle répondit :
— Parce que cette fois, je ne me marie pas pour être choisie.
Elle regarda Gabriel.
— Je me marie parce que j’ai choisi.