Victoire ne resta pas à l’entrée du parc.
Elle fit demi-tour.
Son chauffeur l’attendait dans la voiture noire garée le long de l’avenue.
— À la maison, immédiatement.
— Madame, votre frère—
— Je sais ce que j’ai vu.
Elle monta à l’arrière et referma violemment la portière.
Ses mains tremblaient.
Pas parce qu’Élise venait de parler.
Mais parce que Victoire savait exactement ce que contenait le flacon.
Et surtout, elle savait d’où venait Maëlle.
Le liquide doré n’était pas un miracle.
Ce n’était même pas un médicament.
C’était une ancienne préparation familiale, élaborée par leur grand-mère avec du miel, des plantes et des extraits alimentaires, conservée comme une tradition dans la famille depuis des décennies.
Elle n’avait aucune propriété magique démontrée.
Mais Victoire savait autre chose.
Le jour où Élise avait commencé à prononcer ses premiers sons, quelque chose de beaucoup plus dangereux risquait de refaire surface.
La vérité.
Car depuis sept ans, la famille Vauclerc avait construit autour du silence d’Élise une histoire soigneusement contrôlée.
Une histoire dans laquelle tout était la faute de la naissance.
De la maladie.
Du destin.
Jamais de leur propre maison.
Lorsque Laurent rentra ce soir-là, il ne parla presque à personne.
Il monta directement dans la chambre d’Élise.
La petite fille était assise sur son lit.
Elle avait encore son manteau du parc.
Elle regardait son père.
Puis elle articula maladroitement :
— Papa.
Laurent ferma les yeux.
Une larme glissa sur sa joue.
— Oui.
Il s’assit près d’elle.
— Je suis là.
Élise sourit.
Puis elle prit son carnet de dessins.
Elle dessina Maëlle.
Une fille aux cheveux bruns.
Des pieds nus.
Un petit flacon.
Puis une grande maison.
Laurent fronça les sourcils.
— Tu veux retourner la voir ?
Élise secoua la tête.
Elle écrivit :
« Elle avait peur. »
Laurent se redressa.
— Peur de quoi ?
Élise dessina ensuite une femme.
Elle ajouta un collier autour de son cou.
Puis elle fit une croix.
Laurent reconnut immédiatement le collier.
Celui de sa mère.
Il sentit son cœur s’arrêter une seconde.
— Élise…
La porte s’ouvrit.
Victoire entra.
— Laurent.
Il se retourna.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Nous devons parler.
— Pas maintenant.
— Si.
Elle regarda Élise.
— Ce qui s’est passé au parc ne doit pas sortir d’ici.
Laurent se leva.
— Ma fille vient de parler pour la première fois.
— Justement.
— Tu ne comprends pas.
— Je comprends beaucoup mieux que toi.
Victoire ferma la porte.
— Cette fille doit disparaître.
Laurent resta immobile.
— Pardon ?
— Tu m’as très bien entendue.
— Elle a douze ans.
