— Et elle vient de faire apparaître quelque chose que nous avons passé sept ans à maintenir sous contrôle.
Laurent la fixa.
— Tu es en train de parler d’une enfant.
Victoire ne répondit pas.
Le silence qui suivit fut terrible.
Puis Laurent comprit.
— Qu’est-ce que tu sais ?
Victoire baissa les yeux.
— Plus que toi.
— Alors parle.
Elle inspira.
— Maëlle n’est pas une inconnue.
Laurent sentit une inquiétude froide lui parcourir le dos.
— Qui est-elle ?
Victoire répondit d’une voix presque inaudible :
— La fille de Claire.
Laurent pâlit.
Claire.
Le prénom de sa femme.
La mère d’Élise.
Morte sept ans auparavant, officiellement à la suite de complications après l’accouchement.
— C’est impossible.
— Non.
Victoire sortit une vieille photographie de son sac.
Laurent la prit.
On y voyait Claire, enceinte, quelques mois avant la naissance d’Élise.
Mais quelque chose clochait.
La photographie avait été prise dans une maternité.
Et Claire n’était pas seule.
À côté d’elle se tenait une femme âgée.
La grand-mère de Laurent.
Et derrière elles, une adolescente.
Laurent fixa la photo.
— Qui est cette fille ?
Victoire répondit :
— La mère de Maëlle.
— Pourquoi Claire est avec elle ?
— Parce qu’elles se connaissaient.
Laurent secoua la tête.
— Tu mens.
— Je n’ai aucune raison de mentir.
Il regarda de nouveau la photographie.
Puis il remarqua un détail.
Claire portait le même bracelet qu’Élise avait aujourd’hui au poignet.
Un bracelet qu’il croyait avoir été fabriqué spécialement après sa naissance.
— Où as-tu trouvé ça ?
Victoire hésita.
— Dans les archives de maman.
Laurent sentit la colère monter.
— Quelles archives ?
Victoire ne répondit pas.
Laurent descendit immédiatement au bureau de sa mère.
Il ouvrit les armoires.
Rien.
Puis il remarqua une porte qu’il n’avait jamais vue ouverte.
Derrière, un petit espace de rangement.
Des boîtes.
Des dossiers.
Des lettres.
Et sur une boîte :
« Claire — avant Élise. »
Laurent resta immobile.
Il ouvrit.
La première lettre disait :
« Laurent,
Si tu lis ceci, c’est que je n’ai pas réussi à te parler avant qu’ils ne m’en empêchent.
Je veux que tu saches une chose.
Élise n’est pas le problème.
Le problème, c’est ce qu’ils ont décidé de faire autour d’elle.
Ils veulent que tu croies que ma grossesse était compliquée.
Ils veulent que tu croies que mon état s’est aggravé après l’accouchement.
Mais ce n’est pas toute la vérité.
Victoire sait.
Maman sait.
Et toi, tu ne sais rien parce qu’ils ont décidé que tu serais plus facile à protéger que la vérité. »
Laurent lâcha presque la lettre.
Il continua.
Claire expliquait qu’avant sa mort, elle avait découvert que plusieurs membres de la famille utilisaient une fondation familiale pour transférer discrètement des biens immobiliers.