Mais Inès n’avait toujours pas parlé.

Clara s’approcha d’elle.

— Tu peux maintenant.

Inès regarda l’écran noir.

Puis elle se tourna vers Jeanne.

— Pourquoi ?

La vieille femme ne comprit pas.

— Pourquoi avez-vous attendu ?

Jeanne baissa la tête.

— Parce que j’avais honte.

Inès secoua lentement la tête.

— Ce n’est pas vous qui devriez avoir honte.

Cette phrase fit pleurer Jeanne.

L’audience fut renvoyée.

Deux semaines plus tard, l’enquête avait complètement changé.

Les policiers découvrirent que Thomas avait contracté plusieurs crédits pour financer des dettes de jeu.

La destruction de la librairie avait été organisée pour obtenir l’argent de l’assurance.

Et Inès avait été choisie comme coupable idéale.

Une jeune femme sans famille connue.

Sans argent.

Sans domicile stable.

Une personne dont la parole pèserait moins lourd que celle d’un commerçant établi.

Mais Thomas avait commis une erreur.

Il avait oublié la caméra.

Et surtout, il avait oublié que sa mère connaissait son visage mieux que personne.

Lors de la nouvelle audience, Inès fut finalement entendue.

Le président lui demanda :

— Pourquoi n’avez-vous pas parlé dès le premier jour ?

Elle réfléchit.

— Parce que je savais qu’on ne me croirait pas.

— Vous aviez peur ?

— Oui.

Elle regarda la salle.

— Pas de la prison.

Quelques personnes levèrent les yeux.

— J’avais peur qu’on décide que ma vie ne valait pas assez pour qu’on cherche la vérité.

Le président resta silencieux.

Puis il rendit sa décision.

Les poursuites contre Inès furent abandonnées.

Elle fut officiellement mise hors de cause.

Thomas fut placé sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès pour escroquerie, violences et destruction volontaire.

Mais l’histoire ne s’arrêta pas là.

Jeanne vendit une partie de ses économies pour reconstruire la librairie.

Inès, elle, ne voulait plus y retourner.

— Je comprends, dit Jeanne.

— Ce n’est pas votre faute.

— Peut-être.

La vieille femme lui prit la main.

— Mais j’aimerais que tu reviennes un jour.

Inès hésita.

— Pour travailler ?

Jeanne sourit.

— Pour choisir toi-même.

Trois mois plus tard, une nouvelle enseigne apparut au-dessus de la librairie.

« La Page Retrouvée ».

Jeanne en possédait toujours la moitié.

L’autre moitié appartenait désormais à Inès.

Clara avait trouvé un dispositif d’aide permettant à la jeune femme de reprendre une formation dans l’édition.

Inès recommença à étudier.

Elle découvrit qu’elle aimait restaurer les vieux livres.

Un jour, elle demanda à Jeanne :

— Pourquoi m’avoir donné une part de la librairie ?

La vieille commerçante sourit.

— Parce que mon fils voulait te voler ta réputation.

Elle posa une main sur le comptoir.

— Je voulais te rendre quelque chose qu’il ne pourrait jamais te voler.