Antoine resta silencieux.
— Mais Lucas doit commencer un nouveau traitement. Camille m’a dit qu’elle ne voulait rien vous demander.
Il sentit son cœur se serrer.
— Combien manque-t-il ?
— Je ne peux pas…
— Madame, écoutez-moi. Je ne veux rien en échange.
— Camille refusera.
— Alors ne lui dites pas que ça vient de moi.
La mère hésita.
— Pourquoi ?
— Parce que cette fois, je ne veux pas acheter le droit d’entrer dans sa vie.
Il fit régler directement les frais médicaux par l’intermédiaire d’une association spécialisée, sans apparaître dans le dossier familial.
Puis il continua sa vie.
Il retourna au travail.
Il annula certains rendez-vous.
Et surtout, il abandonna son fameux test.
Quelques mois passèrent.
Un samedi matin, Antoine entra dans une librairie du boulevard Voltaire.
Il entendit une voix derrière lui.
— Vous cherchez quelque chose ?
Il se retourna.
Camille.
Elle travaillait désormais quelques heures par semaine dans cette librairie en plus du restaurant.
Ils restèrent silencieux.
— Comment va Lucas ? demanda Antoine.
— Mieux.
Il hocha la tête.
— Je suis content.
Camille le regarda.
— C’est toi qui as payé ?
Antoine hésita.
— Oui.
Elle soupira.
— Je l’ai su.
— Je suis désolé.
— Je sais.
Un silence.
— Je ne peux pas oublier ce que tu as fait.
— Je ne te le demande pas.
— Et je ne peux pas te faire confiance comme avant.
— Je comprends.
Elle observa son visage.
— Mais tu as changé quelque chose.
— Quoi ?
— Tu n’essaies plus de te justifier.
Antoine esquissa un sourire.
— J’ai compris que mes blessures n’étaient pas une excuse pour blesser quelqu’un d’autre.
Camille resta silencieuse.
Puis elle demanda :
— Tu as encore ta vieille Peugeot ?
Antoine sourit.
— Non.
— Dommage.
— Pourquoi ?
— Parce que j’aimais bien cette voiture.
Il rit.
Pour la première fois depuis des mois, elle rit aussi.
Ils ne se remirent pas ensemble ce jour-là.
Ils recommencèrent simplement à parler.
Un café.
Puis un autre.
Sans test.
Sans mensonge.
Sans portefeuille oublié.
Un soir, plusieurs mois plus tard, Camille lui demanda :
— Pourquoi tu ne m’as jamais simplement dit la vérité ?
Antoine répondit :
— Parce que je pensais que l’amour devait être prouvé avant d’être donné.
Elle secoua la tête.
— L’amour n’est pas un examen.
Il la regarda.
— Je le sais maintenant.
Camille prit sa main.
— Alors ne recommence jamais.
— Jamais.
Ils restèrent ainsi quelques secondes.
Puis elle sourit.
— Et la prochaine fois que tu oublies ton portefeuille ?
Antoine éclata de rire.
— Je paierai.
— Voilà. Ça, c’est déjà un bon début.
Quelques semaines plus tard, Antoine invita Camille et Lucas à dîner.
Cette fois, il choisit un restaurant simple.
Pas de Première classe.
Pas de voitures de collection.
Pas de faux portefeuille.
Au moment de l’addition, Antoine sortit immédiatement sa carte.
Camille leva un sourcil.
— Tu vois ? Tu progresses.
Il sourit.
Et Lucas, assis entre eux, demanda très sérieusement :
— Vous allez encore parler de votre histoire d’argent pendant longtemps ?
Camille et Antoine se regardèrent.
Puis ils éclatèrent de rire.
Antoine avait longtemps cru qu’il devait cacher sa fortune pour savoir si quelqu’un pouvait l’aimer.
Il avait finalement compris quelque chose de beaucoup plus difficile.
Ce n’était pas son argent qui empêchait les autres de l’aimer sincèrement.
C’était sa peur.
Et la vraie richesse qu’il avait failli perdre n’était ni son appartement du Trocadéro, ni ses voitures, ni son entreprise.
C’était la confiance d’une femme qui, avant même de connaître son nom de famille, avait simplement vu en lui un homme assis seul à une table.
Et cette fois, lorsqu’elle resta à ses côtés, il sut qu’il n’avait plus besoin de la tester.
Parce qu’ils avaient enfin choisi de se connaître sans masque.