Le procureur se leva.

— Et pourquoi avez-vous pensé que cet enregistrement concernait votre mère ?

Élise regarda Marianne.

Puis elle répondit simplement :

— Parce que Marianne est ma mère.

Cette fois, le tribunal explosa de murmures.

Marianne secoua la tête.

— Élise…

— Non.

La fillette s’approcha encore.

— J’en ai assez de mentir.

Le juge ordonna le silence.

— Élise, expliquez-nous.

La fillette inspira profondément.

— Quand j’étais petite, Marianne venait toujours me voir la nuit. Elle me chantait la même chanson. Elle disait qu’elle m’aimait plus que tout.

Claire se leva brusquement.

— C’est une invention !

— Alors pourquoi vous m’avez interdit de l’appeler maman ?

La question frappa la salle comme une gifle.

Personne ne parla.

Élise continua :

— Vous m’avez dit que Marianne était seulement une domestique. Vous m’avez dit qu’elle n’avait pas le droit de me toucher devant les invités. Vous m’avez dit que ma vraie mère était morte.

Marianne éclata en sanglots.

Le procureur demanda doucement :

— Et que vous disait-on sur votre naissance ?

Élise sortit une enveloppe froissée de son sac.

— J’ai trouvé ça hier dans une vieille boîte.

Elle la tendit au greffier.

Le juge examina le document.

Puis son expression changea.

— Certificat de naissance…

Le procureur s’approcha.

Il lut.

Son visage se durcit.

— Marianne Vidal est mentionnée comme mère biologique.

Claire ferma les yeux.

Marianne s’effondra presque.

— Je voulais te le dire, murmura-t-elle.

Élise pleurait.

— Pourquoi tu ne me l’as jamais dit ?

Marianne baissa la tête.

— Parce qu’on m’a menacée.

Le procureur se tourna vers elle.

— Qui ?

Marianne regarda Claire.

— Elle.

Claire secoua violemment la tête.

— C’est ridicule !

Mais Marianne parla enfin.

— Quand Élise est née, Claire ne pouvait pas avoir d’enfant. Elle avait perdu plusieurs grossesses. Son mari voulait un héritier. Ils m’ont proposé de l’argent pour abandonner ma fille.

Elle s’arrêta.

— J’ai refusé.

Sa voix se brisa.

— Alors ils ont menacé de faire arrêter mon frère pour une affaire qu’il n’avait pas commise. Ils avaient des relations. Je n’avais rien.

Le procureur demanda :

— Et ensuite ?

— Ils m’ont proposé de rester comme employée dans la maison.

Marianne regarda Élise.

— Pour que je puisse la voir grandir.

La fillette éclata en sanglots.

— Tu étais là tout ce temps…

— Tous les jours.

— Et je t’appelais Marianne…

— Je savais que c’était injuste.

Marianne sourit à travers ses larmes.

— Mais quand tu venais dans la cuisine et que tu me prenais dans tes bras, j’étais quand même ta mère pendant quelques secondes.

Élise se précipita vers elle.