Cette fois, personne ne les sépara.
Le procureur demanda que le procès soit suspendu.
Mais Claire tenta une dernière fois de reprendre le contrôle.
— Monsieur le juge, ce n’est qu’une histoire montée de toutes pièces ! Cette femme veut récupérer ma fille et mon patrimoine !
Le procureur se retourna.
— Nous allons justement parler du patrimoine.
Il sortit une chemise rouge de son dossier.
— Les enquêteurs ont découvert que le collier n’a pas été volé.
Claire se figea.
— Il a été assuré trois jours avant sa prétendue disparition pour une valeur supérieure à son prix réel.
Un murmure parcourut la salle.
— Et surtout, poursuivit-il, les images de vidéosurveillance montrent Madame de Montreuil entrant dans la chambre de Madame Vidal à 21 h 47, alors qu’elle affirme ne pas y être allée cette nuit-là.
Claire recula d’un pas.
— Impossible.
— Nous avons également retrouvé l’emballage du collier dans votre coffre personnel.
Le juge demanda :
— Pourquoi avoir fait cela ?
Claire resta silencieuse.
Le procureur répondit lui-même.
— Pour accuser Marianne de vol, obtenir son licenciement immédiat, faire disparaître le seul témoin capable de révéler l’identité réelle d’Élise et probablement récupérer, à terme, les biens placés au nom de l’enfant.
Claire se mit à pleurer.
Mais cette fois, personne ne fut ému.
Ses larmes n’étaient plus celles d’une victime.
Elles ressemblaient à celles de quelqu’un qui venait de comprendre que son mensonge lui échappait.
Le juge ordonna une enquête complémentaire et la mise hors de cause immédiate de Marianne Vidal.
Les menottes furent retirées.
Marianne resta quelques secondes immobile, comme si elle ne comprenait pas encore qu’elle était libre.
Puis Élise prit sa main.
— Viens.
Marianne regarda sa fille.
— Où ?
— À la maison.
Marianne sourit tristement.
— Quelle maison ?
Élise réfléchit.
Puis elle répondit :
— Celle où tu es ma mère.
Trois mois plus tard, l’affaire avait bouleversé toute la famille Montreuil.
L’enquête avait confirmé plusieurs falsifications de documents, des transferts financiers irréguliers et la manipulation de certains témoignages.
Claire fut mise en examen pour les faits établis par l’enquête.
Marianne, elle, refusa de demander vengeance.
Elle voulait seulement récupérer les années perdues.
Elle quitta son emploi dans la maison des Montreuil.
Avec l’aide d’une association et d’un avocat, elle obtint la reconnaissance officielle de sa maternité.
Mais le plus important ne fut pas un document.
Ce fut le jour où Élise entra dans un petit café avec elle.
La serveuse demanda :
— C’est votre fille ?
Marianne hésita.