— Quoi ?

— Votre intendant affirme que la récolte de pommes a été mauvaise.

— Oui.

— Alors pourquoi trois négociants ont acheté presque le double de ce qu’il déclare ici ?

Armand se pencha sur les chiffres.

Son visage changea.

— Vous êtes certaine ?

— Non.

Elle leva les yeux.

— Mais je sais lire.

Il eut un sourire.

— C’est déjà beaucoup.

Ils enquêtèrent discrètement.

Quelques jours plus tard, Armand découvrit que son oncle détournait une partie des revenus du domaine depuis près de deux ans.

Mais ce n’était pas tout.

Dans une vieille armoire appartenant à son épouse défunte, Élise trouva une lettre.

Elle la remit à Armand.

Il la lut.

Puis resta silencieux.

— Qu’est-ce qu’elle dit ? demanda Élise.

— Ma femme avait découvert les mêmes irrégularités.

Il plia lentement la lettre.

— Elle voulait m’en parler.

— Et elle n’en a pas eu le temps.

Armand leva les yeux vers elle.

Élise comprit.

La mort de la comtesse, officiellement attribuée à une chute de cheval, venait soudain de prendre une autre dimension.

L’enquête fut discrètement reprise.

Le marquis fut interrogé.

Les registres furent examinés.

Et finalement, les preuves apparurent.

Il n’avait pas causé directement la mort de la comtesse, mais il avait dissimulé des informations importantes et tenté de profiter de sa disparition.

Le scandale fut immense.

Mais Armand ne laissa pas le domaine s’effondrer.

Il prit lui-même la gestion des terres.

Et Élise resta à ses côtés.

Pas parce qu’elle était devenue comtesse.

Mais parce qu’elle avait enfin trouvé un endroit où son intelligence comptait.

Un an après son arrivée, Armand lui demanda :

— Vous regrettez votre décision ?

Élise regarda par la fenêtre.

Dans le jardin, les sept enfants couraient autour d’un vieux pommier.

— Non.

— Même lorsque vous repensez à la ferme ?

Elle réfléchit.

— Je regrette de ne pas avoir compris plus tôt que leur opinion n’était pas la vérité.

Armand s’approcha.

— Quelle vérité ?

Elle se tourna vers lui.

— Que je n’étais pas une femme qu’on ne pouvait pas aimer.

Il resta silencieux.

Puis il prit sa main.

— Je l’ai compris le jour où vous êtes entrée dans ma cuisine couverte de boue.

Elle sourit.

— J’étais très peu élégante.

— Vous étiez vous-même.

Il serra doucement ses doigts.

— Et c’était exactement ce dont mes enfants avaient besoin.

Leur mariage fut célébré au printemps suivant.

Sans grand bal.

Sans foule.

Avec les sept enfants au premier rang.

La petite Rose portait des fleurs.

Henri, désormais plus souriant, accompagna Élise jusqu’à l’autel.