Mais surtout, elle venait d’être nommée présidente du comité chargé d’évaluer le plan de transformation d’AéroLumière.
Claire pâlit.
— Vous êtes membre du comité ?
— Je le dirige.
Personne ne parla.
Le téléphone de Claire continuait pourtant à diffuser le direct.
Salomé le regarda.
— Et maintenant, vous allez arrêter de filmer.
Claire appuya sur l’écran.
Le direct s’arrêta.
Mais trop tard.
Des dizaines de personnes avaient déjà enregistré la scène.
Marc demanda à Claire de le suivre quelques instants dans le galley.
Elle se pencha vers lui.
— Marc, je ne savais pas.
— Je sais.
— Elle ne ressemblait pas…
Il l’interrompit.
— À quoi ?
Claire se tut.
Marc la fixa.
— Ne termine pas cette phrase.
Elle baissa les yeux.
— Je pensais simplement qu’elle n’avait pas le profil.
— Le profil de quoi ?
Claire ne répondit pas.
Marc soupira.
— Vous êtes cheffe de cabine. Votre travail consiste à accueillir les passagers et à assurer leur sécurité. Pas à déterminer qui mérite un siège en fonction de son apparence.
Claire retourna dans la cabine.
Salomé était toujours assise au 2A.
Elle avait remis ses lunettes.
Elle semblait presque détachée de toute cette agitation.
Claire s’approcha.
— Madame Caron…
— Oui ?
— Je vous présente mes excuses.
Salomé la regarda.
— Pour quoi exactement ?
Claire hésita.
— Pour la manière dont je vous ai parlé.
— Et la vidéo ?
Claire baissa les yeux.
— Aussi.
— Et ce que vous avez dit devant les autres passagers ?
Claire resta silencieuse.
Salomé ne chercha pas à l’humilier.
— Vous devriez réfléchir à cette question vous-même.
Elle retourna à son ordinateur.
Le vol décolla vingt minutes plus tard.
Pendant les premières heures, la cabine resta étrangement silencieuse.
Puis Nora se leva pour aller chercher de l’eau.
En passant devant Salomé, elle s’arrêta.
— Excusez-moi.
Salomé leva les yeux.
— Oui ?
— Je voulais vous dire quelque chose.
— Je vous écoute.
Nora baissa la voix.
— J’ai vu ce qui s’est passé.
— Je sais.
— J’aurais dû parler.
Salomé ferma doucement son ordinateur.
— Pourquoi ne l’avez-vous pas fait ?
Nora hésita.
— J’avais peur.
Salomé sourit légèrement.
— C’est compréhensible.
— Vous ne m’en voulez pas ?
— Non.
Elle désigna le siège voisin.
— Asseyez-vous une minute.
Nora s’assit.
Salomé lui demanda ce qu’elle faisait.
Nora expliqua qu’elle travaillait dans le courtage aéronautique et qu’elle rêvait d’intégrer un grand groupe.
Salomé l’écouta attentivement.
Puis elle dit :
— Vous savez ce qui m’inquiète le plus dans ce qui s’est passé ?
Nora secoua la tête.
— Ce n’est pas qu’une personne ait été impolie avec moi.
Elle regarda autour d’elle.
— C’est que six personnes ont entendu une chose injuste et ont préféré regarder leur téléphone.