Nora baissa les yeux.
— J’en fais partie.
— Oui.
Salomé ne sourit plus.
— Mais vous pouvez décider que ce sera la dernière fois.
Nora hocha la tête.
À quelques rangées de là, Claire avait entendu.
Elle ne dit rien.
Elle resta éveillée une grande partie du vol.
Pour la première fois depuis dix-huit ans, elle se demanda si son expérience professionnelle lui avait appris à reconnaître les passagers…
ou seulement à reconnaître les apparences auxquelles elle avait elle-même décidé de faire confiance.
À l’arrivée à New York, Salomé descendit parmi les premiers passagers.
Avant de quitter l’appareil, elle s’arrêta devant Claire.
— Vous savez ce qui est étrange ?
Claire leva les yeux.
— Quoi ?
— J’ai pris des centaines de vols au cours de ma vie. Je me souviens rarement des personnes qui m’ont servi.
Claire resta silencieuse.
— Mais je me souviendrai longtemps de celles qui m’ont fait sentir que je n’avais pas ma place.
Claire baissa la tête.
Salomé partit.
Quelques minutes plus tard, Claire reçut un message de la direction.
Elle devait se présenter à un entretien interne.
La vidéo avait circulé.
Mais le problème n’était pas seulement la vidéo.
Une enquête interne avait été ouverte sur plusieurs publications similaires de Claire sur son compte personnel.
Elle avait publié, au cours des derniers mois, des commentaires sur des passagers qu’elle jugeait « suspects », « mal habillés », « arrogants » ou « déplacés en Première ».
Cette fois, les responsables avaient décidé de regarder l’ensemble du comportement.
Claire fut suspendue le temps de l’enquête.
Elle ne perdit pas son emploi ce jour-là.
Mais elle dut répondre de ses actes.
Et surtout, elle fut obligée de suivre une formation approfondie sur les préjugés, la confidentialité et le traitement des passagers.
Quelques semaines plus tard, elle demanda à rencontrer Salomé.
Pas pour sauver sa carrière.
Pour comprendre.
Salomé accepta.
Elles se retrouvèrent dans un petit café près de l’aéroport.
Claire parla la première.
— J’ai cru que je savais reconnaître les gens.
— Et maintenant ?
— Je crois que je savais surtout reconnaître ceux qui me ressemblaient.
Salomé resta silencieuse.
— Je suis désolée, dit Claire. Vraiment.
— Je l’entends.
— Vous auriez pu demander mon licenciement.
— Oui.
Claire releva les yeux.
— Pourquoi vous ne l’avez pas fait ?
Salomé répondit calmement :
— Parce que je ne veux pas que quelqu’un perde son travail simplement pour me donner satisfaction.
Claire baissa les yeux.
— Alors pourquoi avoir laissé l’enquête continuer ?
— Parce qu’une erreur personnelle devient un problème professionnel lorsqu’elle se répète.
Claire acquiesça.
Elle comprit.
Quelques mois plus tard, Claire reprit son poste après avoir terminé sa formation et accepté de nouvelles règles concernant l’utilisation des réseaux sociaux.