Il détourna le regard.
— Elle était trop petite pour comprendre.
— Au contraire.
Camille posa doucement le lapin sur le siège.
— Les enfants comprennent parfois beaucoup plus que les adultes.
Lila tira sur la manche de son manteau.
— Maman, pourquoi monsieur pleure ?
Camille regarda Adrien.
— Parce qu’il a perdu quelqu’un.
Lila s’approcha.
Elle posa une petite main sur son bras.
— Alors il ne faut pas rester tout seul.
Adrien baissa les yeux vers elle.
Cette phrase.
Encore.
La même petite voix qui lui avait demandé s’il était perdu.
Il sourit malgré ses larmes.
— Tu as raison.
Un agent de l’aéroport s’approcha alors.
— Madame, monsieur, nous avons retrouvé votre dossier. Il y a eu beaucoup de confusion avec les passagers aujourd’hui.
Camille hocha la tête.
Puis elle regarda Adrien.
— Merci de l’avoir retrouvée.
— Je crois qu’elle m’a plutôt retrouvé.
Lila sourit.
— C’est vrai.
Une annonce retentit.
Le terminal allait rester fermé plusieurs heures.
Les passagers étaient invités à rejoindre les espaces d’attente.
Adrien regarda son téléphone.
Son rendez-vous à Genève était annulé.
Pour la première fois, cela ne lui faisait rien.
Il rangea son téléphone.
— Vous avez un endroit où aller ?
Camille secoua la tête.
— Notre vol est annulé. Nous devions passer Noël chez ma sœur à Lyon.
— Et maintenant ?
— Je ne sais pas.
Adrien regarda autour de lui.
Puis il eut une idée.
— J’ai un hôtel à quelques kilomètres d’ici.
Camille hésita immédiatement.
— Je ne peux pas accepter.
— Ce n’est pas une faveur.
Elle le regarda.
— Alors quoi ?
Adrien sourit légèrement.
— Une chambre pour trois personnes. Et un dîner de Noël.
Lila leva aussitôt la main.
— Est-ce qu’il y aura du chocolat ?
Adrien rit.
Un vrai rire.
Le premier depuis des années.
— Beaucoup.
Camille finit par accepter.
Une heure plus tard, ils arrivèrent dans l’un des hôtels du groupe Delmas.
Adrien demanda simplement une chambre familiale.
Aucune suite.
Aucun traitement particulier.
Il voulait seulement que cette nuit soit normale.
Lila courut jusqu’à la fenêtre.
— Maman ! Il neige encore !
Camille sourit.
Adrien resta dans l’encadrement de la porte.
Il regardait la scène avec une émotion qu’il ne savait pas nommer.
Une mère.
Une enfant.
Un sapin.
Des lumières.
Et le vieux lapin posé sur une chaise.
Comme si, pour la première fois depuis cinq ans, Noël avait cessé d’être une date à fuir.
Au dîner, Lila posa soudain une question.
— Monsieur Adrien ?
— Oui ?
— Votre fille aimait le chocolat ?
Il resta silencieux.
— Oui.
— Alors vous devez en manger pour elle.
Camille posa une main sur son épaule.
— Lila…
— Quoi ?
— Ce n’est pas toujours aussi simple.