La petite réfléchit.
— Peut-être.
Puis elle ajouta :
— Mais on peut quand même essayer.
Adrien sourit.
— Je vais essayer.
Après le dîner, Camille raconta davantage.
Elle expliqua que sa sœur Marianne avait travaillé dans le service où Éléonore avait été soignée.
— Elle parlait souvent de votre fille, dit-elle. Pas parce qu’elle était la plus malade. Parce qu’elle était toujours préoccupée par son père.
Adrien baissa les yeux.
— Elle me demandait si j’avais mangé.
Camille sourit.
— Oui.
— Elle disait ça ?
— Elle disait : « Papa oublie quand il est triste. »
Adrien sentit une larme tomber.
Il ne l’essuya pas.
Puis Camille ajouta :
— Marianne m’avait raconté qu’avant de partir, Éléonore avait demandé qu’on garde son lapin.
Adrien fixa le jouet.
— Je l’ai gardé.
— Pourquoi ?
Il réfléchit.
— Parce que c’était le dernier cadeau que je lui avais acheté.
Camille secoua doucement la tête.
— Peut-être que ce n’était pas seulement pour vous.
Adrien la regarda.
— Que voulez-vous dire ?
— Peut-être qu’il devait simplement continuer son chemin.
Cette nuit-là, Adrien dormit pour la première fois sans prendre de somnifère.
Le lendemain matin, Lila vint frapper à sa porte.
— Monsieur Adrien !
Il ouvrit.
Elle tenait une feuille.
— J’ai fait un dessin.
Adrien s’accroupit.
Sur la feuille, il y avait trois personnages.
Une petite fille.
Une femme.
Un homme.
Et un lapin rose au milieu.
— C’est nous, expliqua Lila.
Adrien regarda le dessin.
— Pourquoi trois ?
— Parce que vous étiez tout seul avant.
Il resta silencieux.
Lila ajouta :
— Maintenant, vous ne l’êtes plus.
Adrien sourit.
Mais derrière elle, Camille avait entendu.
Elle posa doucement une main sur l’épaule de sa fille.
— Viens, Lila.
Avant de partir, la petite se retourna.
— Vous pouvez garder le dessin.
Adrien le prit.
— Merci.
Après leur départ, il resta longtemps devant la feuille.
Puis son téléphone sonna.
C’était son frère, Mathieu.
— Adrien ?
— Oui.
— Où es-tu ?
— À l’hôtel.
— Tu devais être à Genève.
— Le vol a été annulé.
Un silence.
Puis Mathieu demanda :
— Tu vas bien ?
Adrien regarda le dessin.
— Je crois que oui.
Il entendit son frère respirer.
— C’est la première fois que tu dis ça depuis longtemps.
Adrien sourit.
— J’ai rencontré quelqu’un.
Mathieu resta silencieux.
— Une femme ?
— Et une petite fille.
— Adrien…
— Ne t’inquiète pas. Ce n’est pas ce que tu crois.
Il raccrocha.
Mais il ne savait pas encore que cette rencontre allait changer davantage que son Noël.
Quelques jours plus tard, Camille reçut un appel.
C’était l’hôpital où travaillait autrefois sa sœur.
On avait retrouvé dans leurs archives un dossier que Marianne avait conservé personnellement.
Camille se rendit sur place.