Elle recula.

— Je n’ai pas de famille.

— Si.

Il désigna la photographie.

— Et votre famille possédait beaucoup plus que vous ne le pensez.

Elle secoua la tête.

— Vous vous trompez de personne.

Auguste sourit tristement.

— Non.

Il regarda le petit morceau de tissu bleu cousu sur le sac.

Son visage changea.

— Cette fleur…

La jeune femme baissa les yeux.

— C’est ma mère qui l’a cousue.

Auguste ferma les yeux quelques secondes.

— Alors c’est bien vous.

Il sortit une petite enveloppe de la poche intérieure de son manteau.

— Votre père m’a demandé de vous la remettre si un jour vous arriviez ici sans personne.

Elle ne tendit pas immédiatement la main.

— Quand ?

— Il y a huit ans.

— Mais mon père est mort il y a trois ans.

— Je sais.

Auguste lui tendit l’enveloppe.

— Il avait prévu que vous pourriez perdre votre nom avant de comprendre pourquoi.

Ses doigts se mirent à trembler.

Elle prit l’enveloppe.

Son prénom était écrit dessus.

Un prénom qu’elle n’utilisait plus depuis trois semaines.

Éléonore Delmas.

Elle se mit à pleurer.

Pas bruyamment.

Simplement des larmes qui semblaient attendre depuis des années.

Auguste ne dit rien.

Il lui laissa le temps.

Puis il demanda :

— Voulez-vous venir chez moi ?

Elle hésita.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il fait froid.

Il désigna son manteau.

— Et parce que votre père m’en voudrait de vous laisser dormir devant une église.

Elle accepta.

Cette nuit-là, Éléonore dormit dans une petite chambre au-dessus de la maison d’Auguste.

Elle ne dormit presque pas.

À quatre heures du matin, elle ouvrit enfin la lettre.

« Ma petite Éléonore,

si tu lis ceci, c’est que quelque chose s’est produit et que je ne suis plus là pour te protéger.

Ne retourne pas chez les Delmas.

Ne leur fais pas confiance.

Et surtout, ne crois jamais que tu es pauvre parce qu’ils t’ont retiré ton nom.

La maison de Saint-Roch est à toi.

La ferme aussi.

Mais ce ne sont pas les biens que je veux te rendre.

Je veux te rendre la vérité.

Cherche sous la troisième dalle de la grange.

Papa. »

Éléonore relut la lettre trois fois.

Puis elle se leva.

À six heures, Auguste la trouva dans la cuisine.

— Vous l’avez lue.

— Oui.

— Alors vous savez.

— Je ne sais rien.

Elle posa la lettre sur la table.

— Pourquoi m’ont-ils fait ça ?

Auguste resta silencieux.

— Qui sont les Delmas ?

Il finit par répondre.

— Votre famille.

Éléonore secoua la tête.

— Non.

— Votre père s’appelait Henri Delmas.

— Je sais.

— Et votre mère, Marianne Delmas.