Elle fronça les sourcils.

— Ma mère s’appelait Marianne.

— Ils vous ont fait croire qu’elle était morte en vous donnant naissance.

Éléonore se figea.

— Elle est morte.

— Oui.

Auguste baissa la voix.

— Mais pas de la façon qu’on vous a racontée.

Le lendemain matin, ils partirent pour la ferme.

Elle se trouvait à trois kilomètres du village, derrière une rangée de sapins.

La maison était abandonnée depuis des années.

Les volets étaient clos.

La grange menaçait de s’effondrer.

Mais dès qu’Éléonore entra dans la cour, elle ressentit quelque chose d’étrange.

Une sensation de retour.

Comme si son corps reconnaissait un endroit que sa mémoire avait oublié.

— J’ai déjà été ici.

Auguste hocha la tête.

— Vous aviez six ans.

Elle porta une main à sa tempe.

Des images apparurent.

Une balançoire.

Un chien.

Une femme qui riait.

Un homme qui la portait sur ses épaules.

Puis un cri.

Une porte claquée.

Elle chancela.

Auguste la rattrapa.

— Doucement.

— Je me souviens.

Ils entrèrent dans la grange.

Éléonore compta les dalles.

Une.

Deux.

Trois.

Elle s’agenouilla.

La troisième dalle bougea.

Sous la pierre se trouvait une boîte en fer.

À l’intérieur : des contrats, des relevés bancaires, des photographies et un carnet noir.

Auguste prit le carnet.

Son visage devint grave.

— Voilà.

— Quoi ?

— La raison pour laquelle ils vous ont fait disparaître.

Éléonore ouvrit le carnet.

Chaque page contenait des dates, des montants, des signatures.

Son père avait découvert que son frère, Victor Delmas, détournait depuis des années l’argent de l’entreprise familiale.

Mais il y avait pire.

Victor avait organisé la vente secrète de plusieurs propriétés.

Et il avait utilisé la signature d’Éléonore, alors qu’elle n’avait que dix-sept ans.

— Ils avaient besoin que je disparaisse, murmura-t-elle.

— Oui.

Auguste acquiesça.

— Parce que votre père avait transféré légalement une partie de ses biens à votre nom.

Éléonore regarda les documents.

— Combien ?

— Assez pour rendre votre famille furieuse.

Elle eut un rire sans joie.

— Alors ils m’ont pris mon nom.

— Et ils ont essayé de vous faire passer pour instable.

Elle leva les yeux.

— Qui ?

Auguste ne répondit pas.

Il posa simplement une dernière photographie devant elle.

On y voyait Victor Delmas avec un homme qu’Éléonore reconnut immédiatement.

Le patron du bar.

Celui qui l’avait laissée dehors sous la pluie.

Elle pâlit.

— Il me cherchait.

— Oui.

— Pourquoi ?

Auguste soupira.

— Parce qu’ils ont appris hier que vous étiez arrivée à Saint-Roch.