— Certains adultes oublient parfois que l’absence peut faire plus mal qu’une dispute.

Alexandre la regarda.

Il remarqua alors quelque chose.

Elle parlait comme quelqu’un qui connaissait cette douleur.

Ils mangèrent tranquillement.

Pour la première fois depuis longtemps, Alexandre ne regarda pas son téléphone.

Hugo lui raconta son école, son professeur de sciences et son obsession pour les trains.

À la fin du repas, il sortit son dessin.

— C’est pour vous.

Alexandre le prit.

Il représentait trois personnages sous un énorme parapluie.

— Pourquoi trois ?

— Parce que vous étiez seul. Maintenant, vous êtes avec nous.

Alexandre ne sut pas quoi répondre.

Il posa simplement une main sur le dessin.

— Merci.

Quand ils sortirent du restaurant, la pluie avait cessé.

Élise serra le manteau d’Hugo autour de lui.

Alexandre allait les saluer lorsqu’il remarqua une enveloppe dépassant du sac de la jeune femme.

Une enveloppe blanche.

Sur laquelle était écrit :

« Alexandre Morel. »

Il se figea.

— Excusez-moi.

Élise se retourna.

Son visage changea immédiatement.

— Vous connaissez mon nom ?

Elle pâlit.

— Je…

— Pourquoi cette enveloppe porte-t-elle mon nom ?

Hugo regarda sa mère.

Élise ferma les yeux.

— Je savais que ce moment finirait par arriver.

Alexandre sentit son cœur accélérer.

— Quel moment ?

Elle sortit l’enveloppe.

— Votre mère me l’a donnée il y a six mois.

Alexandre resta sans voix.

— Ma mère ?

— Oui.

Il prit l’enveloppe.

Son nom était écrit à la main.

Il reconnut immédiatement l’écriture.

C’était celle de sa mère.

— Pourquoi ne me l’avez-vous jamais donnée ?

Élise regarda Hugo.

— Parce qu’elle m’a demandé d’attendre votre quarante et unième anniversaire.

Alexandre ouvrit l’enveloppe.

Une lettre.

Courte.

Sa mère y expliquait qu’elle avait longtemps gardé un secret.

Son père n’avait pas seulement été un homme absent.

Il avait eu une autre famille.

Une seconde vie qu’il avait cachée pendant des années.

Et Élise était la fille de cette famille.

Sa demi-sœur.

Alexandre releva les yeux.

— Vous êtes ma sœur ?

Élise ne répondit pas immédiatement.

Puis elle hocha la tête.

— Oui.

Le silence de la rue sembla devenir immense.

— Pourquoi ma mère ne m’a-t-elle jamais rien dit ?

— Parce qu’elle avait peur de vous perdre.

Alexandre secoua la tête.

— Me perdre ?

— Elle pensait que si vous saviez que votre père avait abandonné une autre enfant, vous la jugeriez.

— Et vous ?

Élise sourit tristement.

— Moi, j’ai grandi avec cette histoire. Votre père n’a jamais voulu me reconnaître publiquement. Quand il est mort, votre mère est venue me voir.

Alexandre regarda Hugo.

— Et lui ?

Élise posa une main sur l’épaule de son fils.