Cette fois, pourtant, Claire ne répondit pas.

Elle resta quelques secondes immobile, les yeux fixés sur le tableau de bord.

Puis elle essuya ses joues.

— Je crois que j’ai enfin compris quelque chose.

Julien tourna légèrement la tête vers elle.

— Quoi ?

— Pourquoi je suis toujours épuisée.

Il ne dit rien.

— Ce n’est pas parce que je suis plus forte qu’eux, murmura-t-elle. C’est parce que depuis des années, tout le monde s’est habitué à ce que je paie le prix de leurs décisions.

Julien lui prit doucement la main.

— Alors il est peut-être temps que ça s’arrête.

Claire acquiesça.

Mais avant de sortir de la voiture, elle ouvrit son sac.

L’enveloppe que sa mère lui avait donnée quelques heures plus tôt était toujours là.

Elle la regarda.

À l’intérieur se trouvait un chèque de 2 000 euros.

« Pour t’aider à t’installer dans votre nouvelle maison », avait dit Brigitte avec un sourire.

Claire eut un rire bref, sans joie.

Elle venait de recevoir 2 000 euros de la femme à qui elle avait versé, directement ou indirectement, des dizaines de milliers d’euros au fil des années.

Elle posa le chèque sur le tableau de bord.

— Tu sais ce qui est le plus étrange ?

— Quoi ?

— Elle m’a donné ça comme si elle me faisait un cadeau.

Julien regarda l’enveloppe.

— Tu ne vas pas l’encaisser ?

Claire secoua la tête.

— Non.

Elle prit son téléphone.

Pendant quelques minutes, elle ne fit rien.

Puis elle ouvrit son application bancaire.

Elle commença à faire quelque chose qu’elle n’avait jamais pris le temps de faire auparavant.

Elle additionna.

Les mensualités du prêt.

Les taxes foncières qu’elle avait réglées lorsque ses parents étaient en difficulté.

Les factures d’électricité qu’elle avait prises temporairement à sa charge.

Les travaux de toiture.

La chaudière.

L’assurance.

Les réparations.

Les virements réguliers.

Elle retrouva même plusieurs paiements dont elle avait oublié l’existence.

Lorsqu’elle termina, le chiffre affiché sur son écran la laissa sans voix.

87 460 euros.

Julien regarda le montant.

— C’est seulement ce que tu as pu retrouver ?

— Oui.

Il resta silencieux.

Claire posa le téléphone.

— Et pendant cinq ans, personne ne m’a jamais dit merci.

Le lendemain matin, Claire appela sa banque.

Puis son conseiller juridique.

Puis un notaire.

Elle ne demanda pas comment récupérer la maison.

Elle demanda simplement une chose :

— Je voudrais savoir exactement quels droits j’ai sur les sommes que j’ai versées et sur les travaux que j’ai financés.

Le notaire lui demanda pourquoi.

Claire raconta tout.

Il consulta les relevés qu’elle lui apporta.

Puis les factures.

Puis les courriels.

Puis les échanges avec ses parents.