Les semaines suivantes, Élise entra peu à peu dans l’univers des Valmont.
Elle apprit à reconnaître les habitudes d’Hélène.
Le thé à 16 heures.
Les vieux films français le dimanche.
Les promenades très courtes dans le jardin.
Et surtout, les souvenirs d’Adrien enfant.
Hélène racontait tout.
—À huit ans, il prétendait être malade pour ne pas aller au pensionnat.
—Maman…
—À douze ans, il a cassé une fenêtre et accusé le chien.
—Il n’y avait même pas de chien.
Élise riait.
Adrien faisait semblant d’être exaspéré.
Pour la première fois depuis longtemps, la maison Valmont ressemblait à une maison.
Mais Gabriel observait.
Il ne croyait pas à cette histoire.
Un soir, il rejoignit Élise dans la bibliothèque.
—Combien vous paie mon frère ?
Élise releva les yeux.
—Ce n’est pas votre affaire.
—Vous pensez vraiment pouvoir entrer ici et devenir une Valmont ?
—Je n’ai jamais demandé à le devenir.
Gabriel s’approcha.
—Alors partez.
Élise referma son livre.
—Votre mère m’a demandé de rester.
Il se figea.
—Elle ne sait pas.
—Elle sait peut-être davantage que vous ne le pensez.
Gabriel serra la mâchoire.
—Vous ne connaissez rien de cette famille.
Élise répondit calmement :
—C’est vrai. Mais je sais reconnaître quelqu’un qui a peur de perdre sa mère.
Gabriel ne répondit pas.
Il quitta la pièce.
Le lendemain, Hélène demanda à parler seule à Élise.
—Tu n’es pas sa femme.
Élise sentit son cœur s’arrêter.
—Madame…
Hélène sourit.
—Ne t’inquiète pas. Je l’ai compris dès le premier jour.
Élise resta sans voix.
—Alors pourquoi…
—Parce qu’Adrien avait besoin que quelqu’un lui rappelle qu’il était encore capable d’aimer.
Élise baissa les yeux.
—Je suis désolée.
—Ne le sois pas.
Hélène prit sa main.
—Je n’ai pas peur de mourir. J’ai peur qu’après moi, mes deux fils continuent à se faire la guerre.
Élise fronça les sourcils.
—Pourquoi se détestent-ils ?
Hélène resta silencieuse un long moment.
Puis elle murmura :
—Parce que chacun croit que l’autre m’a trahi.
Cette phrase resta dans la tête d’Élise toute la nuit.
Le lendemain, elle surprit une conversation entre Gabriel et le notaire familial.
—Si Adrien prend le contrôle de la fondation, tout sera perdu.
—Monsieur, votre mère n’a jamais modifié son testament.
—Je sais.
—Alors pourquoi cette peur ?
Gabriel répondit :
—Parce que quelqu’un a falsifié la première version.
Élise se figea.
Elle recula avant d’être découverte.
Le soir même, Adrien la trouva dans le couloir.
—Qu’est-ce qui ne va pas ?
—Votre frère pense que quelqu’un a falsifié le testament de votre mère.