Sa mère lui avait demandé d’arrêter.
Puis Thomas lui avait conseillé de « laisser les affaires de papa aux adultes ».
À vingt-trois ans, Amélie avait fini par abandonner.
Mais quelques mois plus tard, elle avait quitté la maison familiale.
Elle n’avait jamais compris pourquoi tout le monde semblait soulagé de la voir partir.
Aujourd’hui, elle comprenait.
— Qu’est-ce que vous avez fait ? demanda-t-elle.
Evelyne se rassit lentement.
— Ton père avait des investissements.
— Ça, je le savais.
— Certains n’étaient pas déclarés correctement.
Amélie regarda Thomas.
— Et tu étais au courant ?
— Pas au début.
— Mais maintenant ?
Il baissa les yeux.
— Oui.
Un froid profond envahit la pièce.
— Pourquoi les Delcourt sont-ils concernés ?
Cette fois, personne ne répondit.
Amélie sortit son téléphone.
— Je vais partir.
Thomas se leva brusquement.
— Attends.
— Non.
— Laisse-moi t’expliquer.
— Tu avais huit ans pour m’expliquer.
Il resta immobile.
— Je ne savais pas comment te le dire.
— Tu aurais pu commencer par « désolé ».
Thomas ferma les yeux.
— Je suis désolé.
Amélie prit son manteau.
Avant de sortir, elle se retourna.
— Le mariage aura lieu quand ?
— Samedi prochain.
Elle hocha la tête.
— Très bien.
Thomas fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce que je vais venir.
Evelyne pâlit.
— Amélie, je t’en supplie.
— Vous m’avez enterrée vivante pendant huit ans.
Elle ouvrit la porte.
— Je pense avoir le droit d’assister à mon propre retour.
Le samedi suivant, l’hôtel particulier du huitième arrondissement était illuminé.
Des voitures haut de gamme déposaient les invités devant l’entrée.
Les hommes portaient des costumes impeccables.
Les femmes arrivaient dans des robes élégantes.
À l’intérieur, tout était parfaitement orchestré.
Et personne ne savait qu’une femme déclarée morte depuis huit ans se tenait devant la porte.
Amélie n’était pas seule.
Elle était accompagnée de Maître Julien Moreau, un avocat que son ancien employeur lui avait recommandé après qu’elle lui eut expliqué la situation.
Elle n’avait pas besoin de scandale.
Elle voulait simplement comprendre.
À dix-neuf heures vingt, Thomas aperçut sa sœur.
Il devint livide.
— Amélie…
— Bonjour.
Il regarda autour de lui.
— Pourquoi es-tu venue ?
— Tu m’as demandé de ne pas venir.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire.
— Pourtant, c’est exactement ce que tu as dit.
Camille arriva derrière lui.
Elle portait sa robe de mariée.
Elle souriait encore lorsqu’elle demanda :
— Qui est-ce ?
Thomas ne répondit pas.
Camille regarda Amélie.
Puis Thomas.
— Thomas ?
Amélie sentit son frère trembler.
Alors elle dit calmement :
— Je suis Amélie Laurent.
Camille fronça les sourcils.
— La sœur dont tu m’as parlé ?