Moins assurée.

— Il faut qu’on parle.

— De quoi ?

Silence.

— De papa.

Maud se redressa.

— Il a un problème ?

— Pas exactement.

— Alors parle.

Chloé inspira.

— Tu te souviens du rendez-vous chez le notaire, il y a trois semaines ?

Maud sentit immédiatement son attention se tendre.

— Oui.

— Papa m’a demandé d’y aller à sa place.

— Pourquoi ?

— Pour signer certains documents concernant l’entreprise.

Maud ne répondit pas.

Leur père possédait plusieurs sociétés, mais depuis quelques années, il avait commencé à préparer sa succession.

Chloé travaillait directement avec lui.

Maud, elle, n’avait jamais voulu s’en mêler.

— Et alors ?

— Le notaire a découvert quelque chose.

— Quoi ?

Chloé hésita.

— Tu as été désignée dans un document.

— Quel document ?

— Un acte de transmission.

Maud resta silencieuse.

— Quelle transmission ?

— Des parts.

— Dans quelle société ?

Cette fois, Chloé ne répondit pas immédiatement.

Puis elle prononça le nom.

Maud sentit son cœur accélérer.

C’était la société qui avait construit l’essentiel de la fortune familiale.

Une entreprise de logistique maritime que leur grand-père avait créée quarante-deux ans auparavant.

— Combien ? demanda Maud.

— Trente pour cent.

Maud crut avoir mal entendu.

— Pardon ?

— Trente pour cent de la holding.

Elle s’assit.

— Pourquoi ?

— Je ne sais pas.

— Chloé.

— Je te jure que je ne sais pas.

Mais quelque chose dans sa voix ne convainquit pas Maud.

— Tu savais ?

— Non.

— Alors pourquoi tu m’appelles ?

— Parce que papa veut annuler le transfert.

Un silence lourd tomba entre elles.

— Il peut ?

— Le notaire dit que ce n’est pas si simple.

— Pourquoi ?

Chloé souffla.

— Parce que le document a été signé par grand-père avant sa mort. Et papa ne peut pas simplement l’effacer.

Maud ferma les yeux.

Tout à coup, certaines phrases de son enfance prirent une autre couleur.

Les disputes entre son père et son grand-père.

Les réunions à huis clos.

Les enveloppes que son grand-père lui donnait lorsqu’elle était adolescente.

Et surtout une phrase qu’il répétait toujours :

« Ne laisse jamais personne te convaincre que tu ne comptes pas. »

À l’époque, elle pensait qu’il parlait de l’armée.

Peut-être pas.

— Où est le document ? demanda-t-elle.

— Chez le notaire.

— Je veux le voir.

— Maud…

— Je veux le voir.

Deux jours plus tard, elle était assise dans le cabinet d’un notaire à Paris.

Le document était ancien.

Daté de huit ans auparavant.

Signé de la main de son grand-père.

Et parfaitement valide.

Mais ce n’était pas tout.

Le notaire posa devant elle une seconde chemise.

— Votre grand-père avait prévu une condition.

Maud releva les yeux.

— Laquelle ?

— Vous ne deviez recevoir les parts qu’à condition de conserver votre indépendance professionnelle.