Elle regarda la photographie de son mariage posée sur la table.
— Mais aujourd’hui, je comprends.
— Maud…
— Je ne vais pas te demander de venir à mon mariage.
Silence.
— Je ne vais pas te demander de m’accompagner à l’autel.
Elle inspira.
— Et je ne vais pas non plus te rendre quelque chose que mon grand-père m’a volontairement laissé.
Son père raccrocha sans répondre.
Le mariage eut lieu trois semaines plus tard.
Dans une petite propriété au bord de la Loire.
Maud ne portait pas une robe extravagante.
Elle avait choisi quelque chose de simple.
Élégant.
À son image.
Lorsqu’elle arriva au bout de l’allée, ce ne fut pas son père qui l’attendait.
C’était sa meilleure amie de l’académie, Émilie.
Elles avaient servi ensemble pendant des années.
Émilie lui prit le bras.
— Prête ?
Maud sourit.
— Plus que jamais.
Julien l’attendait.
Et lorsqu’il la vit, il ne regarda ni la liste des invités, ni les places vides.
Il lui dit simplement :
— Tu es là.
— Oui.
— Alors tout va bien.
La cérémonie fut magnifique.
Pas parfaite.
Magnifique.
Parce qu’elle appartenait enfin à Maud.
Son père ne vint pas.
Chloé non plus.
Pendant le dîner, pourtant, une voiture s’arrêta devant la propriété.
Maud tourna la tête.
Son père descendit.
Seul.
Il resta quelques secondes devant l’entrée avant de s’avancer.
Tout le monde se tut.
Maud ne bougea pas.
Il arriva devant elle.
Il avait l’air plus vieux que quelques semaines auparavant.
— Je ne suis pas venu pour gâcher ta soirée, dit-il.
Maud attendit.
— Je voulais simplement te dire quelque chose.
Il sortit une petite boîte de sa poche.
À l’intérieur se trouvait une montre appartenant à son grand-père.
— Il m’avait demandé de te la donner le jour de ton mariage.
Maud regarda la montre.
— Pourquoi tu ne me l’as jamais donnée ?
Son père baissa les yeux.
— Parce que j’étais en colère contre lui.
Puis il ajouta :
— Et parce que j’étais jaloux de toi.
Maud resta immobile.
Il poursuivit :
— Ton grand-père te regardait comme si tu étais capable de tout. Moi, je pensais que tu avais choisi une vie qui me faisait perdre le contrôle.
Il avala difficilement sa salive.
— Avec Chloé, je savais toujours où elle était. Je connaissais ses projets. Je pouvais l’aider. Avec toi… je ne savais jamais comment te protéger.
Maud répondit calmement :
— Tu n’avais pas besoin de me protéger.
— Je sais.
Il lui tendit la montre.
— J’avais besoin d’apprendre à être ton père.
Maud prit la boîte.
Elle aurait pu lui dire qu’il était trop tard.
Elle aurait pu lui rappeler chaque humiliation.