Mathieu, lui, n’avait jamais confondu les deux.
Il avait observé Julien.
Pas parce qu’il voulait protéger Claire à tout prix. Pas parce qu’il se croyait plus intelligent que les autres. Mais parce qu’il connaissait sa sœur.
Il savait qu’elle pouvait être passionnée, impulsive, parfois naïve, mais qu’elle n’était jamais silencieuse.
Or, depuis qu’elle connaissait Julien, Claire était devenue silencieuse.
C’était cela qui avait dérangé Mathieu.
Il se souvenait d’un dîner, trois semaines avant le mariage.
Claire avait posé son téléphone sur la table.
Julien l’avait immédiatement retourné écran contre nappe.
Un geste minuscule.
Presque rien.
Mais Mathieu l’avait vu.
Il avait aussi remarqué que Claire ne possédait plus les clés de son propre appartement.
Quand Mathieu lui avait demandé pourquoi, elle avait répondu en riant :
— Julien préfère les garder. Il dit que je les perds tout le temps.
Puis elle avait changé de sujet.
Une autre fois, Mathieu lui avait demandé pourquoi elle avait fermé son compte bancaire personnel.
Claire avait répondu :
— On va tout mettre en commun. C’est plus simple.
— Vous êtes ensemble depuis combien de temps ?
— Trois mois.
Elle avait ri.
Mathieu, lui, n’avait pas ri.
Il avait essayé de parler à sa sœur.
Une fois.
Puis deux.
Puis trois.
Chaque fois, Claire s’était montrée agacée.
— Tu cherches toujours quelque chose qui ne va pas.
— Parce que quelque chose ne va pas.
— Tu ne le connais même pas.
— Justement.
Mais Julien avait toujours eu une longueur d’avance.
Il apparaissait au bon moment.
Il embrassait Claire devant Mathieu.
Il lui parlait doucement.
Il lui racontait une histoire triste sur son ancienne compagne, une femme qui, selon lui, l’avait trahi et dépouillé.
Puis il regardait Mathieu avec un sourire tranquille.
— Je comprends que tu veuilles protéger ta sœur.
Cette phrase avait suffi à faire passer Mathieu pour le frère méfiant, jaloux, incapable d’accepter le bonheur de Claire.
Alors il avait cessé d’insister.
Jusqu’à la veille du mariage.
Ce soir-là, Mathieu avait reçu un message d’un numéro inconnu.
« Si tu tiens vraiment à ta sœur, vérifie le nom de Julien avant demain. »
Il avait d’abord cru à une plaisanterie.
Puis un second message était arrivé.
Avec une photographie.
Julien.
Mais pas Julien en costume, souriant devant un restaurant.
Julien devant un tribunal.
Une date.
Un nom.
Et un autre prénom.
Mathieu avait passé une partie de la nuit à chercher.
Il n’avait pas dormi.
Et le lendemain matin, il avait découvert suffisamment de choses pour comprendre pourquoi Julien voulait que personne ne pose de questions.
