La pluie effaça rapidement les traces des pas d’Amélie dans la cour.

Elle marcha pendant près d’une heure avant de trouver un petit hôtel au bord de la route.

Le propriétaire, un homme âgé qui connaissait Thomas, reconnut immédiatement son nom.

Il ne posa aucune question.

— Entrez, madame. Les enfants sont trempés.

Amélie voulut payer.

Il refusa.

— Thomas m’avait aidé autrefois. Laissez-moi vous rendre la pareille.

Cette nuit-là, Gabriel dormit sur un fauteuil avec Lucie dans ses bras.

Amélie resta assise près de la fenêtre.

Elle n’avait plus de maison.

Plus de mari.

Plus d’argent.

Et officiellement, selon le notaire, aucun droit sur ce qu’elle avait construit avec Thomas pendant onze ans.

Vers trois heures du matin, quelqu’un frappa doucement à la porte.

Amélie se leva.

Julien Morel entra.

Ses vêtements étaient encore mouillés.

Dans sa main se trouvait l’enveloppe à la cire rouge.

— Je suis désolé.

Amélie le regarda.

— Tu aurais pu parler.

— Charles menaçait de fermer mon atelier.

— Et maintenant ?

Julien regarda les enfants endormis.

— Maintenant, je n’ai plus peur.

Il posa l’enveloppe sur la table.

— Thomas m’a demandé de te donner ça uniquement si Charles te mettait dehors.

Amélie reconnut immédiatement l’écriture de son mari.

Ses mains tremblèrent.

Sur l’enveloppe, quatre mots :

« À Amélie, quand tout sera perdu. »

Elle l’ouvrit.

À l’intérieur se trouvait une petite clé en laiton.

Et une lettre.

« Amélie,

Si tu lis ceci, c’est que mon père a fait exactement ce que je craignais.

Il t’aura dit que tu n’as rien.

Il aura probablement convaincu le notaire que l’atelier, les chevaux et les terres sont à lui.

Ne le crois pas.

Tout ce que je t’ai caché n’était pas contre toi.

C’était pour te protéger.

La clé ouvre le troisième tiroir de mon ancien établi.

Demande à Julien de t’y conduire.

Et surtout, ne signe rien.

Ton mari,
Thomas. »

Amélie relut la lettre deux fois.

— Qu’est-ce qu’il voulait dire ?

Julien secoua la tête.

— Je ne sais pas.

— Tu étais son meilleur ami.

— Justement. Il ne me disait que ce que je devais savoir.

Le lendemain matin, Julien les conduisit à l’ancien atelier de sellerie.

Le bâtiment se trouvait derrière les écuries, à quelques kilomètres du domaine.

Thomas y avait passé la moitié de sa vie.

Gabriel entra en premier.

Il regarda les selles, les brides, les outils.

— C’était le travail de papa ?

Julien sourit tristement.

— Oui.

— Il m’avait promis de m’apprendre.

Amélie détourna les yeux.

Julien ouvrit le troisième tiroir de l’établi.

La clé fonctionna.

Un double fond apparut.

À l’intérieur se trouvaient des dossiers.