Thomas entra le premier, sûr de lui, beau comme on aime l’être devant ses parents quand on sait qu’on est leur fierté.

Derrière lui, Leïla apparut avec un sourire impeccable, un manteau beige sur les épaules et un bouquet soigneusement emballé dans du papier ivoire.

Le père de Clara ouvrit les bras.

— Mon fils !

Il serra Thomas contre lui avec une chaleur que Clara connaissait mal.

— Regarde-moi ça ! Toujours aussi élégant !

Thomas rit.

— Ça va, papa.

— Et Leïla ! Venez, venez ! Tout le monde vous attend.

Clara resta près de la salle à manger.

Elle avait encore le saladier dans les mains.

Thomas finit par la remarquer.

— Ah, Clara.

Pas de « ça va ? ».

Pas de « tu as fait bonne route ? ».

Juste son prénom.

Elle sourit poliment.

— Bonsoir.

Leïla lui fit la bise.

— C’est gentil d’avoir aidé pour ce soir.

Clara sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.

— De rien.

Son père intervint immédiatement.

— Clara est arrivée plus tôt pour nous donner un coup de main. Elle travaille dans une association à Lyon, tu sais.

Thomas hocha la tête.

— Oui, je sais.

Puis il se tourna vers Leïla.

— Je t’avais dit qu’elle faisait ça.

Leïla sourit.

— C’est très bien.

Très bien.

Deux mots.

Clara aurait préféré qu’on ne dise rien.

Le dîner commença à vingt heures.

Pendant près d’une heure, son père ne parla presque que de Thomas.

Son nouveau projet.

Son cabinet.

Les clients qu’il avait rencontrés.

Une éventuelle promotion.

Un voyage à New York.

À plusieurs reprises, on demanda à Clara de passer un plat, de remplir un verre, d’aller chercher du pain.

Elle le fit.

Puis son père posa soudain sa fourchette.

— Au fait, Thomas, je voulais te parler de quelque chose.

Thomas releva les yeux.

— Oui ?

— J’ai réfléchi à la maison.

Clara s’immobilisa.

La maison.

Celle où ils avaient grandi.

Celle que leur grand-mère avait achetée bien avant leur naissance.

Celle où Clara avait passé des années à accompagner sa mère après une opération difficile.

Celle dont elle avait payé une partie des travaux, sans jamais en parler.

Son père poursuivit :

— Je pense qu’il est temps de régler la question de la succession.

Sa mère baissa les yeux.

Thomas se redressa.

— Quelle question ?

— La maison.

Clara sentit son ventre se nouer.

Son père sourit.

— J’aimerais que tu la récupères.

Thomas resta silencieux.

Clara posa lentement son verre.

Elle regarda son père.

Puis Thomas.

Et, pour la première fois de la soirée, elle ne ressentit aucune jalousie.

Seulement une fatigue immense.