— Tu veux lui donner la maison ?
Son père la regarda comme si la question était étrange.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce que Thomas saura quoi en faire.
Clara eut un léger sourire.
— Et moi ?
— Toi, tu as ta vie à Lyon.
Elle hocha lentement la tête.
— D’accord.
Thomas intervint.
— Papa, je ne sais pas si…
— Ce n’est pas négociable, répondit leur père. Cette maison restera dans la famille.
Clara regarda autour d’elle.
Les murs.
Le vieux buffet.
Le cadre où figurait une photographie de leur grand-mère.
Elle connaissait chaque fissure de cette maison.
Puis elle demanda :
— Vous avez vérifié les documents ?
Son père fronça les sourcils.
— Quels documents ?
— Le titre de propriété.
Un silence étrange s’installa.
— Pourquoi ?
Clara posa sa serviette.
— Parce que cette maison n’est peut-être plus à toi.
Sa mère pâlit.
Thomas regarda son père.
— Qu’est-ce qu’elle raconte ?
Clara sortit son téléphone.
— Rien de compliqué.
Elle ouvrit un dossier.
— Après le décès de mamie, elle a laissé un testament.
Son père se raidit.
— Nous le savons.
— Non.
Elle leva les yeux.
— Vous savez seulement ce qu’on vous a dit.
Le père de Clara posa brutalement son verre.
— Clara, ne commence pas.
— Je ne commence rien.
Elle fit glisser un document sur son téléphone.
— Je termine quelque chose.
Thomas se pencha.
— C’est quoi ?
— Une copie du testament de grand-mère.
Son père se leva.
— Où as-tu trouvé ça ?
— Chez le notaire.
Il devint livide.
— Pourquoi es-tu allée chez le notaire ?
Clara hésita.
Puis répondit :
— Parce qu’il y a trois ans, quand maman était hospitalisée, j’ai découvert que les charges de la maison n’étaient plus payées correctement.
Sa mère baissa les yeux.
— Clara…
— J’ai payé les factures pendant dix-huit mois.
Thomas la regarda, surpris.
— Quoi ?
— Les travaux de toiture. La chaudière. Une partie de l’électricité. Les taxes.
Son père fronça les sourcils.
— Tu ne nous avais jamais rien dit.
— Exactement.
Elle sourit tristement.
— Parce que je savais que vous auriez considéré ça comme normal.
Personne ne répondit.
Clara continua :
— Mais ce n’est pas le plus important.
Elle posa le téléphone sur la table.
— Grand-mère n’a jamais donné la maison à papa.
Thomas prit le document.
Ses yeux parcoururent les lignes.
— Elle l’a léguée à maman.
La mère de Clara ferma les yeux.
— Oui.
Clara hocha la tête.
— Et maman devait pouvoir y vivre jusqu’à la fin de ses jours.
Son père regarda son épouse.
— Tu savais ?
Elle ne répondit pas.
— Tu savais ? répéta-t-il.
Sa mère éclata en sanglots.