Le juge Étienne Delcourt resta immobile.

Pendant quelques secondes, personne ne sembla comprendre ce qui venait de se passer.

Élise avait traversé toute la salle en courant. Ses chaussures d’uniforme claquaient sur le sol de pierre. Elle s’arrêta devant le banc des accusés, essoufflée, les yeux remplis de larmes.

Marianne la regardait comme si elle venait de voir un fantôme.

— Élise…

La fillette se jeta contre elle.

Les menottes empêchèrent Marianne de lui rendre complètement son étreinte.

— Ne la touchez pas ! cria Claire de Montreuil en se levant brutalement. Elle est manipulée !

Élise se retourna.

Son visage d’enfant avait changé.

Il n’y avait plus de peur.

Seulement une colère immense.

— C’est faux !

Le juge frappa son marteau.

— Silence dans la salle !

Élise leva son téléphone.

— J’ai enregistré maman.

Un silence encore plus lourd tomba sur le tribunal.

Marianne pâlit.

Claire, elle, ne bougea plus.

— Qu’avez-vous dit ? demanda le juge.

Élise avala difficilement sa salive.

— J’ai dit que j’avais enregistré Claire. Elle parlait avec Monsieur Bernard, son avocat.

Claire devint livide.

— Élise, tu ne comprends pas ce que tu racontes.

— Si.

La voix de l’enfant trembla.

— Je comprends très bien.

Elle regarda les juges.

— Et je comprends surtout pourquoi Marianne n’avait pas le droit de m’appeler sa fille.

Marianne ferma les yeux.

Onze ans.

Onze années pendant lesquelles elle avait gardé un secret qui lui avait détruit la vie.

Onze années pendant lesquelles elle avait regardé une enfant grandir sous ses yeux sans pouvoir lui dire la vérité.

Le juge demanda :

— Faites écouter l’enregistrement.

Un technicien brancha le téléphone au système audio de la salle.

Une voix sortit des haut-parleurs.

Celle de Claire.

Claire de Montreuil.

— Elle ne doit jamais savoir.

Puis une voix masculine.

— Et si elle finit par se souvenir ?

— Elle ne se souviendra de rien. Elle avait trois ans.

Marianne porta une main à sa bouche.

L’enregistrement continua.

— Le problème, c’est Vidal.

— Elle commence à poser des questions.

— Alors faites en sorte qu’elle disparaisse.

Un frisson parcourut la salle.

Claire se leva.

— Cet enregistrement est truqué !

Le procureur Julien Morel se redressa.

Pour la première fois depuis le début du procès, il prit réellement la parole.

— Madame de Montreuil, asseyez-vous.

Elle obéit.

Mais son visage avait perdu toute couleur.

Le juge demanda à Élise :

— Comment avez-vous obtenu cet enregistrement ?

— J’ai trouvé le téléphone dans le bureau de Claire.

Elle essuya ses joues.

— Je cherchais mon carnet de dessins. Je l’ai entendue parler. Elle disait que Marianne allait être condamnée et que tout serait terminé après.