Élise essuya ses mains sur son tablier avant d’entrer dans la cuisine.

Armand de Villiers se tenait près de la fenêtre.

Il n’avait pas touché au café que sa mère lui avait servi.

— Vous vouliez me parler, monsieur le comte ?

Il se retourna.

— Oui.

Son regard resta posé sur elle quelques secondes.

Pas comme les hommes du village regardaient ses sœurs.

Pas avec curiosité.

Pas avec admiration.

Avec attention.

Élise en fut presque déstabilisée.

— Pourquoi moi ?

Armand ne répondit pas immédiatement.

Puis il dit :

— Parce que vous n’avez pas essayé de me plaire.

Elle fronça les sourcils.

— Je ne savais pas qu’il fallait essayer.

Un léger sourire passa sur le visage du comte.

Le premier qu’elle lui vit.

— C’est justement ce que je cherchais.

Élise resta silencieuse.

Armand prit une inspiration.

— Ma femme est morte il y a un an.

Elle baissa les yeux.

— Je suis désolée.

— Elle me manque. Mais ce n’est pas seulement moi qui souffre.

Il regarda vers la porte.

— J’ai sept enfants.

Élise connaissait déjà la réputation de cette famille.

Sept enfants.

Trois garçons et quatre filles.

L’aîné avait treize ans.

La plus jeune, deux.

Depuis la mort de leur mère, la maison de Saint-Aubin était devenue un endroit difficile. Les gouvernantes partaient les unes après les autres. Les plus jeunes refusaient de dormir seuls. Les aînés se disputaient. Les repas finissaient souvent dans le silence.

— On m’a conseillé de me remarier, poursuivit Armand.

Élise ne dit rien.

— Mais je ne cherche pas une femme pour décorer ma maison.

Elle releva les yeux.

— Alors pourquoi êtes-vous venu ici ?

— Parce qu’une personne en qui j’ai confiance m’a parlé de vous.

— Qui ?

— Sœur Agathe, de l’hospice de Bayeux.

Élise sentit son cœur se serrer.

Elle connaissait la religieuse. Pendant deux hivers, elle lui avait envoyé des vêtements pour les enfants pauvres du village.

— Elle m’a dit que vous aviez une patience rare.

Élise eut un petit rire.

— Elle est généreuse.

— Elle m’a également dit que vous saviez faire taire une pièce sans hausser la voix.

Cette fois, Élise sourit.

— Ça, c’est parce que mes six sœurs parlent beaucoup.

Armand sourit à son tour.

Puis son visage redevint grave.

— Je voudrais vous proposer quelque chose.

Élise sentit son estomac se nouer.

— Un mariage ?

— Oui.

Elle resta immobile.

Dans la pièce voisine, elle entendait sa mère déplacer des assiettes.

— Vous ne me connaissez pas.

— Je sais.

— Je ne suis ni jolie comme mes sœurs, ni raffinée, ni…