À l’autre bout du fil, Charles Beaumont ne répondit pas immédiatement.
Puis sa voix changea.
— Lila ?
La petite fille fronça les sourcils.
— Oui.
Étienne releva brusquement la tête.
— Comment connaissez-vous son prénom ?
Beaumont ne répondit pas à Étienne.
Il demanda à Lila :
— Ton papa est là ?
La petite secoua la tête.
— J’ai pas de papa.
Un silence.
Puis Beaumont demanda :
— Et ta maman ?
— Elle travaille ici.
Mireille s’approcha, paniquée.
— Lila, donne-moi le téléphone.
Mais la petite continua :
— Monsieur, vous êtes le monsieur qui fait dormir Étienne ?
Mireille devint blanche.
Étienne se redressa.
— Qu’est-ce qu’elle raconte ?
Beaumont demanda immédiatement :
— Qui t’a dit ça ?
Lila regarda sa mère.
— Personne.
Puis elle ajouta avec la logique tranquille des enfants :
— Je l’ai entendu.
Étienne sentit son cœur accélérer.
— Où ?
Lila pointa le bureau.
— Là-bas.
Tout le monde se tut.
Beaumont reprit :
— Étienne, éloignez-vous du téléphone.
— Pourquoi ?
— Parce que si ma théorie est correcte, quelqu’un écoute cette ligne.
Étienne regarda le téléphone.
Puis le plafond.
Puis son propre bureau.
— Expliquez-vous.
— Pas maintenant. Écoutez-moi. Vous avez trois minutes avant que votre conseil d’administration ne reçoive une série de documents qui vous feront perdre l’accord européen.
Étienne sentit sa gorge se serrer.
— Quels documents ?
— Des preuves selon lesquelles Morel Industries aurait dissimulé des incidents concernant vos dispositifs médicaux.
— C’est faux.
— Je sais.
Étienne resta immobile.
— Alors pourquoi vous ne signez pas ?
La réponse de Beaumont tomba comme une pierre.
— Parce que je ne savais pas à qui faire confiance.
Il raccrocha.
Étienne resta avec le combiné à la main.
Mireille récupéra doucement le téléphone.
— Monsieur…
Il ne l’entendait presque pas.
Il regardait Lila.
— Qu’est-ce que tu as entendu ?
La petite fille réfléchit.
— Un monsieur parlait quand maman nettoyait.
— Quel monsieur ?
— Celui avec la montre brillante.
Étienne échangea un regard avec Mireille.
Elle semblait aussi perdue que lui.
— Tu peux me montrer ?
Lila se leva.
Elle prit la main de sa mère et marcha vers la salle de réunion.
Étienne les suivit.
La porte était entrouverte.
À l’intérieur, plusieurs cadres étaient réunis autour d’un écran.
Parmi eux se trouvait Laurent Derval, directeur financier de Morel Industries.
Il avait une montre suisse très voyante.
En voyant Étienne, il se leva.
— Étienne, nous avons un problème.
Étienne ne répondit pas.
Il regarda Lila.
La petite fille pointa Laurent.
— C’est lui.
Personne ne parla.
Laurent sourit nerveusement.
— Je ne connais pas cette enfant.
Lila secoua la tête.
— Si.
Elle regarda Étienne.
— Il disait qu’il fallait que le monsieur suisse ait peur.
Le visage de Laurent se décomposa.
