Étienne sentit une froideur terrible remplacer sa fatigue.
— Tout le monde sort.
Les administrateurs se levèrent.
— Étienne…
— J’ai dit tout le monde.
Lorsque la salle fut vide, il ferma la porte.
— Derval, qu’avez-vous fait ?
— Rien.
— Beaumont m’a dit que quelqu’un préparait une fuite de documents.
— Il essaie de vous faire peur.
— Et vous ?
— Je suis votre directeur financier.
— Justement.
Étienne prit son téléphone.
— Sécurité.
Quelques minutes plus tard, les serveurs internes furent isolés.
Les services informatiques commencèrent une copie complète des journaux de connexion.
Et les premiers résultats apparurent.
Des fichiers avaient été consultés depuis le compte de Laurent.
Des contrats confidentiels avaient été copiés.
Des rapports médicaux internes avaient été modifiés.
Et surtout, certains documents avaient été transmis à une société située en Suisse.
Une société dont l’un des bénéficiaires réels était un fonds lié à Laurent.
Étienne resta silencieux.
Il comprit alors le véritable piège.
Laurent avait besoin que l’accord avec Beaumont échoue.
Il comptait provoquer une chute du cours de l’entreprise, racheter des parts à bas prix par l’intermédiaire de sociétés écrans, puis récupérer le contrôle d’une branche stratégique du groupe.
Mais il lui fallait un scandale.
Les prétendus problèmes de sécurité médicale devaient servir de déclencheur.
Et le pire était encore à venir.
Le directeur juridique entra avec un dossier.
— Monsieur Morel, nous avons vérifié les documents.
Il hésita.
— Certains rapports ont effectivement été falsifiés.
Étienne releva les yeux.
— Par qui ?
— Les modifications viennent de plusieurs comptes.
— Lesquels ?
Le juriste posa la liste.
Le nom de Laurent apparaissait.
Mais un autre nom apparaissait également.
Celui de la responsable qualité.
Elle était en larmes lorsqu’elle entra dans la pièce.
— Je suis désolée.
Étienne se leva.
— Depuis combien de temps ?
— Six mois.
— Pourquoi ?
Elle regarda le sol.
— Ils menaçaient de détruire ma carrière.
Étienne ferma les yeux.
Il comprit que son entreprise n’était pas simplement victime d’un complot extérieur.
Elle était malade de l’intérieur.
Parce qu’il avait passé des années à exiger le silence.
La perfection.
La performance.
L’absence d’erreur.
Les employés avaient appris à cacher les problèmes au lieu de les signaler.
Et certains avaient exploité cette peur.
Il pensa soudain à Mireille.
À la façon dont elle avait baissé les yeux lorsqu’il avait crié.
Il se souvint de ses propres mots.
« Je dirige une entreprise, pas un salon familial. »
Il eut honte.
Trois heures plus tard, Beaumont revint dans la tour.
Cette fois, Étienne l’attendait avec un dossier complet.
— Vous saviez.
Beaumont hocha la tête.