Le baron ne sourit pas.
Il observa Madeleine descendre de la voiture, puis regarda la vieille malle que le cocher déposait dans la boue.
— Mademoiselle Delorme ?
— Oui, monsieur le baron.
Il inclina légèrement la tête.
— Je suis Étienne de Valmont.
Sa voix était grave, posée, sans chaleur apparente.
Puis son regard se posa sur la petite fille.
Camille ne quittait pas Madeleine des yeux.
Elle avait le visage extrêmement pâle et tenait fermement la main de son père.
— Camille, dit Étienne, voici Madeleine Delorme.
La petite ne répondit pas.
Elle regarda la robe sombre, les cheveux châtains et les mains de la jeune femme.
Puis elle demanda d’une voix presque inaudible :
— Vous allez repartir ?
Madeleine sentit son cœur se serrer.
— Je ne sais pas encore.
Étienne fronça légèrement les sourcils.
— Camille.
Mais Madeleine s’agenouilla devant l’enfant.
— Je crois que personne ne devrait promettre quelque chose qu’il ne sait pas tenir.
Camille la regarda encore quelques secondes.
Puis elle lâcha la main de son père.
Et prit celle de Madeleine.
Étienne sembla surpris.
— Elle ne fait jamais cela.
Madeleine se releva.
— Peut-être qu’elle n’en avait simplement pas envie jusqu’à aujourd’hui.
Ils entrèrent.
Le domaine de Valmont était immense.
Il y avait une aile principale, deux pavillons, une chapelle familiale et des dizaines d’hectares de vignes qui descendaient jusqu’à la rivière.
Mais quelque chose pesait sur cette maison.
Les domestiques parlaient à voix basse.
Les couloirs étaient sombres même en plein jour.
Et partout, Madeleine apercevait le même portrait.
Une femme blonde, élégante, au regard doux.
La défunte baronne.
La mère de Camille.
Élise de Valmont.
Au dîner, Étienne expliqua la situation avec une franchise presque brutale.
— Je ne vous demanderai pas de prétendre que vous m’aimez. Je cherche une épouse capable de tenir cette maison et de s’occuper de ma fille. Vous aurez votre liberté, vos appartements et votre propre argent.
Madeleine posa doucement sa fourchette.
— Et si je refuse de devenir votre épouse ?
— Vous repartirez demain.
Elle réfléchit.
— Et si j’accepte ?
— Vous aurez mon respect.
Madeleine leva les yeux.
— C’est beaucoup plus que ce que ma famille m’accorde.
Étienne resta silencieux.
Il ne demanda pas ce qu’elle voulait dire.
Mais cette nuit-là, quelque chose changea.
Camille frappa à la porte de Madeleine.
La jeune fille entra pieds nus.
— Je peux dormir ici ?
Madeleine se redressa.
— Pourquoi ?
Camille regarda le couloir.
— Maman vient quand je dors seule.
Madeleine sentit un frisson.
— Tu la vois ?
— Pas comme avant.
— Que veux-tu dire ?
Camille serra son petit lapin contre elle.
— Elle pleure.
Madeleine resta silencieuse.
Puis elle souleva la couverture.
