— Viens.

Camille s’allongea près d’elle.

Une heure plus tard, elle dormait profondément.

Au matin, Madeleine découvrit quelque chose d’étrange.

Sur la table de nuit, un vase contenant des roses fraîches avait été déplacé.

Et une fenêtre, fermée la veille, était ouverte.

Elle demanda à une domestique qui avait touché aux fleurs.

La femme pâlit.

— Personne, mademoiselle.

— Vous êtes certaine ?

— Oui.

— Alors pourquoi avez-vous peur ?

La domestique baissa les yeux.

— Parce que depuis la mort de Madame, des choses disparaissent.

Madeleine comprit rapidement que la maison n’était pas hantée.

Elle était surveillée.

Pendant les semaines suivantes, elle observa.

Des comptes étaient mal tenus.

Des livraisons de vin ne correspondaient pas aux registres.

Des barriques disparaissaient.

Et surtout, certaines lettres adressées à Étienne n’arrivaient jamais jusqu’à lui.

Quelqu’un voulait affaiblir le domaine.

Madeleine trouva la première preuve dans le bureau.

Un registre de vente indiquait que 42 barriques avaient quitté les caves.

Le registre du maître de chai n’en mentionnait que 27.

Elle attendit Étienne.

— Vous perdez de l’argent.

Il leva les yeux.

— Je sais.

— Non. Vous savez que vos revenus diminuent. Ce n’est pas la même chose.

Elle lui montra les chiffres.

Étienne resta longtemps silencieux.

— Mon intendant gère le domaine depuis douze ans.

— Alors il connaît parfaitement les endroits où cacher les pertes.

Il la regarda.

Pour la première fois, il ne vit plus seulement une jeune fille envoyée par une famille désespérée.

Il vit quelqu’un qui observait.

— Vous avez appris la comptabilité ?

— Mon père refusait de m’enseigner quoi que ce soit qu’il jugeait inutile à une fille. J’ai appris seule.

Étienne eut un bref sourire.

— Vous êtes différente de ce que votre famille m’avait décrit.

Madeleine baissa les yeux.

— Que vous ont-ils dit ?

Il hésita.

— Que vous étiez docile.

Elle sourit.

— Ils se sont trompés.

Quelques jours plus tard, Étienne congédia son intendant.

Et ce fut le début des ennuis.

Une lettre arriva de Tours.

La signature d’Armand Delorme était tremblante.

« Madeleine doit rentrer immédiatement. Votre proposition de mariage ne correspond plus à nos intérêts. »

Madeleine relut la lettre.

Puis une deuxième.

« Les créanciers menacent la maison. Nous avons besoin de ton aide. »

Elle comprit.

Sa famille ne voulait pas la récupérer par amour.

Elle avait appris que le baron Valmont possédait une fortune considérable.

Ils voulaient qu’elle épouse Étienne.

Mais désormais, ils voulaient contrôler cette fortune à travers elle.

Madeleine ne répondit pas.

Deux jours plus tard, Clotilde arriva.

Elle descendit d’une voiture avec une robe parisienne magnifique.

— Alors, petite sœur, dit-elle avec un sourire, tu as finalement réussi à t’accrocher à cette maison.