Madeleine la regarda.

— Pourquoi es-tu venue ?

— Père a besoin de toi.

— Il a besoin d’argent.

Clotilde perdit son sourire.

— Comment oses-tu ?

— Parce que je sais lire.

Le silence tomba.

Puis Camille apparut derrière Madeleine.

Clotilde regarda l’enfant avec mépris.

— Elle est toujours aussi maladive ?

Camille recula.

Madeleine se plaça devant elle.

— Ne lui parle pas comme ça.

Clotilde éclata de rire.

— Voilà que tu joues à la maîtresse de maison.

— Non.

Madeleine la regarda calmement.

— Je suis devenue quelqu’un que vous ne pouvez plus chasser.

Clotilde repartit furieuse.

Mais le véritable danger arriva cette nuit-là.

Un incendie éclata dans les anciennes caves.

Étienne courut réveiller les domestiques.

Madeleine entendit un cri.

Camille.

Elle se précipita vers la chambre.

La porte était verrouillée.

La fumée entrait déjà sous le battant.

— Papa !

Madeleine attrapa une chaise et brisa la serrure.

Elle trouva Camille recroquevillée près du lit.

— Viens !

— J’ai peur !

— Moi aussi.

Madeleine la prit dans ses bras.

— Mais on sort quand même.

Elles traversèrent le couloir sous la fumée.

Étienne arriva à leur rencontre.

Il prit Camille contre lui.

— Madeleine !

Mais elle tomba à genoux.

Elle avait respiré trop de fumée.

Quand elle ouvrit les yeux, elle était dans sa chambre.

Étienne était assis près du lit.

— Camille va bien ?

— Oui.

— Les caves ?

— Une partie détruite.

Madeleine ferma les yeux.

— C’était volontaire.

Étienne ne répondit pas.

— Vous le savez ?

— Oui.

Il sortit une enveloppe.

À l’intérieur se trouvait une lettre ancienne.

Elle avait été écrite par sa défunte épouse.

« Étienne, si quelque chose m’arrive, ne fais confiance ni à mon frère ni à ton intendant. Ils veulent le domaine. Ils ont déjà commencé à déplacer l’argent. »

Madeleine regarda la date.

Trois semaines avant la mort d’Élise.

— Votre femme savait.

— Je l’ai compris trop tard.

Madeleine releva les yeux.

— Elle n’est pas morte de maladie.

Étienne secoua lentement la tête.

— Non.

Ils découvrirent finalement la vérité.

L’intendant et le frère d’Élise avaient organisé une fraude destinée à faire croire que le domaine était au bord de la faillite.

Ils avaient détourné de l’argent pendant des années.

Élise les avait découverts.

Ils avaient provoqué son accident.

Puis ils avaient attendu qu’Étienne, accablé par le chagrin, ne remarque rien.

Le feu avait été leur dernière tentative.

Les preuves furent remises aux autorités.

Le frère d’Élise fut arrêté.

L’ancien intendant aussi.

Et pour la première fois depuis quatre ans, le domaine Valmont respira.

Mais Madeleine ne se transforma pas en femme cruelle.

Lorsque Clotilde revint supplier son pardon, elle ne la fit pas humilier.