À l’intérieur, une seule feuille.
« Votre ferme n’a rien à voir avec cette histoire. Éloignez Victoire Mercier avant qu’il ne soit trop tard. »
Matthieu froissa le papier.
Il alla jusqu’à la cuisine.
Victoire préparait une soupe.
— Tu savais que des gens pouvaient nous créer des problèmes ?
Elle se retourna.
Elle vit immédiatement son visage.
— Oui.
— Et tu ne m’as rien dit.
— Je voulais partir avant que cela arrive.
— Quand ?
— Demain.
Matthieu resta silencieux.
— Tu comptais simplement partir ?
— Je n’ai pas envie que Léa paie pour mes problèmes.
Il regarda la petite fille, endormie près du feu.
— Tu crois que tu es devenue un problème pour elle ?
Victoire ne répondit pas.
— Elle t’attend tous les matins.
Les yeux de Victoire se remplirent de larmes.
— C’est justement pour ça que je dois partir.
Matthieu aurait voulu lui dire de rester.
Mais il ne prononça pas ces mots.
Pas encore.
Le lendemain, deux hommes arrivèrent à la ferme.
Ils prétendirent être venus pour vérifier une ancienne affaire concernant le mari de Victoire.
Matthieu leur demanda leurs papiers.
Ils n’en avaient pas.
Il refusa de les laisser entrer.
Ils repartirent en promettant de revenir.
Cette fois, Matthieu comprit que les rumeurs n’étaient pas le vrai danger.
Quelqu’un cherchait réellement Victoire.
Et cette personne savait où elle vivait.
Il alla trouver le maire.
Puis la gendarmerie.
Une ancienne enquête fut rouverte autour de la mort du mari de Victoire.
On découvrit alors que le journaliste avait effectivement travaillé sur des irrégularités financières impliquant plusieurs entreprises liées à un ancien élu régional.
Mais son décès n’avait jamais été officiellement considéré comme suspect.
Il avait simplement été classé comme accident.
Jusqu’à ce qu’un détail ressorte.
Le véhicule avait été retrouvé sur une route sèche.
Pourtant, le rapport mentionnait une chaussée glissante.
La nuit de l’accident, il n’avait pas plu.
Quelqu’un avait donc menti.
Victoire n’avait jamais imaginé que la vérité puisse refaire surface.
Elle avait seulement essayé de survivre.
Un mois plus tard, l’enquête révéla suffisamment d’éléments pour justifier de nouvelles investigations.
Mais dans le village, les rumeurs continuaient.
Et Matthieu commença à se comporter différemment.
Il rentrait plus tôt.
Il surveillait les alentours.
Il devenait méfiant.
Trop méfiant.
Un soir, après avoir trouvé une voiture inconnue près du chemin, il explosa.
— Ça suffit !
Victoire se retourna.
— Quoi ?
— Je ne peux plus vivre comme ça.
Elle resta silencieuse.
— Depuis que tu es arrivée, il y a des histoires, des rumeurs, des gens qui nous surveillent.