— Claire a fait quoi ?
Élodie pâlit.
— Je ne sais pas.
— Elle a parlé à Valmont.
Sylvie était assise dans le salon.
Elle comprit immédiatement.
— Vous avez utilisé ses dossiers ?
Marc se retourna.
— Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.
— Alors explique-moi.
Il ne répondit pas.
Élodie regarda son mari.
— Marc ?
Il finit par lâcher :
— Ses travaux étaient inutilisés. Je les ai simplement repris.
Sylvie murmura :
— Tu lui as volé son travail.
Le mot resta suspendu.
Volé.
Pour la première fois, Sylvie regardait la situation sans pouvoir l’enrober de préoccupation familiale.
Quelques jours plus tard, Claire reçut un appel de sa mère.
Elle décrocha.
— Claire…
— Oui ?
— Je veux m’excuser.
Claire ferma les yeux.
Elle attendit.
— Pour l’hôtel.
— Ce n’est pas seulement l’hôtel.
Silence.
— Je sais.
— Pourquoi ?
Sa mère inspira.
— Parce que j’ai toujours pensé qu’Élodie avait besoin d’être protégée.
Claire sentit quelque chose se briser en elle.
— Et moi ?
Sylvie pleurait maintenant.
— Je pensais que toi, tu serais toujours assez forte.
Claire répondit doucement :
— Être forte ne signifie pas qu’on peut me faire n’importe quoi.
Sa mère ne trouva rien à répondre.
— Et mon travail ?
— Je suis désolée.
— Tu savais que Marc utilisait mes dossiers ?
Long silence.
Puis :
— Je savais qu’il regardait parfois tes projets.
Claire serra les dents.
— Depuis combien de temps ?
— Deux ans.
Claire resta silencieuse.
Elle aurait voulu entendre une justification.
Il n’y en avait pas.
— Maman, tu ne m’as pas seulement laissée être humiliée à l’hôtel.
Elle regarda la rue depuis sa fenêtre.
— Tu m’as regardée être utilisée pendant deux ans.
Sa mère éclata en sanglots.
Claire ne cria pas.
— Je te pardonnerai peut-être un jour. Mais je ne veux plus que tu sois l’intermédiaire entre moi et Élodie.
— D’accord.
— Et je ne veux plus que mon travail quitte mon ordinateur sans mon accord.
— D’accord.
— Si nous devons reconstruire quelque chose, ce sera autrement.
Quelques mois passèrent.
Claire développa son activité.
Elle engagea une assistante.
Puis une graphiste.
Puis un consultant financier.
Son appartement devint trop petit.
Elle loua un véritable bureau.
Un matin, alors qu’elle sortait d’une réunion, elle reçut un message d’Élodie.
« Je sais que je n’ai aucune excuse. Mais j’aimerais te parler. »
Claire regarda longtemps l’écran.
Puis répondit :
« D’accord. Mais pas chez maman. »
Elles se retrouvèrent dans un petit café.
Élodie avait perdu cette assurance parfaite qu’elle affichait autrefois.
— Je t’enviais, dit-elle.
Claire releva les yeux.
— Moi ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Élodie baissa la tête.
— Parce que tu pouvais recommencer.
Claire ne comprenait pas.
— Tu avais le droit de changer de métier. De vivre seule. De prendre des risques. Moi, j’avais construit une vie qui devait toujours avoir l’air réussie.