Claire resta silencieuse.

— Alors je t’ai convaincue que tu étais la ratée, poursuivit Élodie, parce que c’était plus facile que d’admettre que j’étais jalouse.

Claire inspira lentement.

— Je ne veux pas devenir comme toi.

Élodie acquiesça.

— Je sais.

— Mais je ne veux pas non plus te détester toute ma vie.

Élodie leva les yeux.

Ce n’était pas une réconciliation spectaculaire.

Pas de larmes dans les bras l’une de l’autre.

Pas de promesse impossible.

Seulement deux sœurs assises face à face, pour la première fois sans public autour d’elles.

Claire lui parla encore quelques minutes.

Puis elle se leva.

— On verra.

Élodie sourit tristement.

— C’est déjà beaucoup.

Six mois plus tard, Claire retourna à Cassis.

Cette fois, elle n’avait pas de valise gris clair.

Elle était venue pour une réunion professionnelle.

L’hôtel lui avait proposé une suite avec vue sur le port.

À l’accueil, la même réceptionniste travaillait encore.

Elle la reconnut immédiatement.

— Madame Morel.

Claire sourit.

— Bonjour.

La réceptionniste hésita avant de demander :

— Vous avez une réservation ?

Claire sortit son téléphone.

— Oui.

La jeune femme consulta l’écran.

Son sourire s’élargit.

— Tout est en ordre.

Claire regarda les baies vitrées.

La Méditerranée brillait derrière elles.

Puis elle pensa à cette phrase prononcée six mois plus tôt.

« Pas pour les ratées. »

Elle avait longtemps cru que cette humiliation avait détruit quelque chose en elle.

Elle comprenait désormais que ce n’était pas vrai.

Cette soirée n’avait pas détruit Claire.

Elle avait détruit l’image qu’elle avait encore de sa propre famille.

Et parfois, cette distinction change toute une vie.

Claire prit sa clé.

Avant de monter, elle regarda une dernière fois le hall.

Elle n’avait plus besoin qu’on lui fasse une place.

Elle avait appris à construire la sienne.