Six ans.
Six années pendant lesquelles il avait pleuré devant un cercueil vide.
Six années pendant lesquelles il avait parlé à un portrait.
Six années pendant lesquelles il avait cru que sa mère était partie sans même pouvoir lui dire au revoir.
Il se tourna lentement vers Camille.
—Tu savais.
Elle secoua la tête.
—Non.
—Tu savais.
—Je voulais te protéger.
Adrien eut un rire bref, sans joie.
—Me protéger de quoi ?
Camille ne répondit pas.
Alors Élise sortit une seconde feuille de son carnet.
—Votre mère m’a demandé une fois de faire quelque chose.
Adrien se retourna.
—Quoi ?
—Elle m’a demandé d’envoyer une lettre.
—À qui ?
Élise le regarda droit dans les yeux.
—À son fils.
Adrien sentit ses jambes faiblir.
—Vous l’avez envoyée ?
—Oui.
Camille murmura :
—Impossible.
Élise continua :
—Mais la lettre m’est revenue.
Adrien prit la feuille.
—Pourquoi ?
—Adresse inconnue.
Le visage d’Adrien changea.
Il prit son téléphone.
—Ma mère avait-elle accès au courrier ?
—Parfois. Mais ses lettres étaient contrôlées.
—Par qui ?
Élise regarda Camille.
Puis le docteur Moreau.
—Par la direction de la clinique.
Adrien appela immédiatement son avocat.
—Maître Delaunay ? Venez au manoir. Maintenant. Et apportez tous les documents concernant le décès de ma mère.
Camille pâlit.
—Adrien, tu vas détruire notre famille pour une histoire racontée par une employée ?
Il la regarda.
—Non.
Il posa la main sur le portrait.
—Quelqu’un a détruit ma famille il y a six ans. Je vais simplement découvrir qui.
Deux heures plus tard, Maître Delaunay était installé dans le bureau.
Il avait devant lui le certificat de décès, le rapport médical, les documents de succession et le dossier d’assurance.
Il lut tout en silence.
Puis il releva les yeux.
—Il y a quelque chose d’étrange.
—Quoi ?
—Le décès de votre mère a été déclaré à 4 h 18 du matin.
—Oui.
—Mais le médecin signataire a indiqué avoir constaté le décès à 5 h 02.
Adrien se redressa.
—Quarante-quatre minutes après ?
—Exactement.
—Une erreur administrative ?
—Peut-être.
Delaunay sortit une autre feuille.
—Mais il y a plus.
Il montra une copie du dossier.
—Le corps aurait été transporté à la morgue à 5 h 25. Pourtant, le registre de la morgue ne mentionne aucune entrée à ce nom.
Adrien resta immobile.
Camille se leva.
—C’est absurde.
—Je n’ai pas terminé, répondit l’avocat.
Il posa devant eux un autre document.
—Le cercueil était fermé.
Adrien ferma les yeux.
Il se souvenait.
Sa tante lui avait dit que le visage de sa mère avait été trop difficile à voir.