Camille quitta la maison Villeneuve.

Adrien demanda l’annulation de plusieurs opérations réalisées pendant ces six années.

Mais il ne vendit pas le manoir.

Il le transforma.

Le grand salon resta intact.

Le piano aussi.

Et surtout, le portrait de Marguerite resta au-dessus de l’instrument.

Sauf qu’un jour, Adrien ajouta quelque chose.

Une petite plaque discrète sous le tableau.

Il y fit graver :

« À celle qui attendit sans cesser d’aimer. »

Élise, elle, refusa toute récompense financière.

Adrien insista pourtant pour lui offrir un poste permanent auprès de sa mère.

Elle accepta seulement à une condition :

—Je veux continuer à m’occuper des personnes que personne ne regarde.

Adrien sourit.

—Alors nous allons créer quelque chose ensemble.

Quelques mois plus tard, une fondation vit le jour.

Elle finançait des accompagnements pour les personnes âgées isolées, les patients vulnérables et les familles séparées par des erreurs administratives ou des abus de confiance.

Marguerite en devint la marraine.

Elle retrouva peu à peu une vie normale.

Elle retourna au manoir.

La première fois qu’elle entendit Adrien jouer du piano, elle s’assit exactement à la même place qu’autrefois.

À la fin du morceau, elle applaudit doucement.

—Tu joues toujours quand tu as peur du noir ?

Adrien sourit à travers ses larmes.

—Oui.

Marguerite lui tendit la main.

—Alors joue encore.

Et il joua.

Cette fois, le piano ne ressemblait plus à une prière devant une tombe.

Il ressemblait à une maison qui venait enfin de retrouver quelqu’un qu’elle avait attendu pendant six ans.

Quant à Élise, elle passa devant le portrait quelques semaines plus tard.

Elle s’arrêta.

Regarda la croix dorée peinte au cou de Marguerite.

Puis sourit.

Elle avait simplement reconnu un visage.

Mais parfois, il suffit d’une personne qui ose dire la vérité pour fissurer un mensonge que tout le monde avait fini par prendre pour une vérité.

Et dans cette maison où l’on avait fabriqué un deuil, une mère avait finalement retrouvé son fils.

Pas grâce à l’argent.

Pas grâce au nom des Villeneuve.

Mais parce qu’une femme de ménage avait regardé un portrait et avait eu le courage de murmurer :

« Elle est vivante. »