Son visage était plus mince.

Mais les yeux…

Adrien les reconnut immédiatement.

La femme leva lentement la tête.

Elle le fixa.

Pendant plusieurs secondes, aucun des deux ne parla.

Puis ses lèvres tremblèrent.

—Adrien ?

Le jeune homme s’effondra presque sur place.

Il s’agenouilla devant elle.

—Maman…

Marguerite porta une main à sa bouche.

—Je savais que tu viendrais.

Adrien pleurait maintenant sans chercher à le cacher.

—Pourquoi tu ne m’as pas appelé ?

Marguerite secoua la tête.

—Je l’ai fait.

—Je n’ai jamais reçu tes lettres.

—Je sais.

Elle regarda Élise.

—Cette jeune femme avait essayé de t’écrire.

Élise s’approcha.

Marguerite lui prit la main.

—Merci.

Puis elle regarda son fils.

—Camille m’a dit que tu ne voulais plus me voir.

Adrien ferma les yeux.

—Elle m’a dit que tu étais morte.

Marguerite comprit alors l’ampleur du mensonge.

Elle pleura silencieusement.

—Elle m’a dit que tu avais choisi ta nouvelle famille.

Adrien secoua la tête.

—Je n’ai jamais cessé d’être ton fils.

La vérité sortit ensuite par morceaux.

Camille avait découvert, quelques mois avant le mariage, que Marguerite comptait revoir la structure de l’entreprise et protéger certaines actions pour Adrien.

Elle avait peur de perdre son influence.

Avec l’aide du docteur Moreau et d’un administrateur de la clinique, elle avait organisé une disparition progressive.

Marguerite avait été déclarée morte grâce à de faux documents.

Le cercueil avait été fermé.

Le notaire avait été induit en erreur.

Et les parts de l’entreprise étaient restées juridiquement au nom de Marguerite, mais leur existence avait été dissimulée.

Camille espérait pouvoir contrôler Adrien pendant suffisamment longtemps pour faire modifier les statuts.

Mais Marguerite avait refusé de signer.

Alors elle avait été maintenue dans la clinique.

Pas prisonnière au sens juridique du terme.

Mais isolée.

Privée de sa famille.

Privée de la vérité.

Adrien demanda une enquête officielle.

Cette fois, les documents parlèrent.

Les virements furent retrouvés.

Les signatures furent analysées.

Les registres de la clinique furent saisis.

Le docteur Moreau finit par reconnaître avoir falsifié plusieurs pièces sous pression financière.

Camille fut entendue à son tour.

Elle tenta d’abord de prétendre qu’elle avait agi pour protéger Adrien.

Mais lorsqu’on lui demanda pourquoi elle avait continué à payer la clinique pendant six ans, elle resta silencieuse.

Quelques mois plus tard, la justice établit que Marguerite avait été victime d’une organisation destinée à la maintenir éloignée de son fils et à préserver le contrôle de certains intérêts financiers.