On lui avait conseillé de garder seulement le souvenir du portrait.
Il avait obéi.
Parce qu’il était en état de choc.
Parce qu’il faisait confiance à Camille.
Parce qu’il n’aurait jamais imaginé que quelqu’un puisse fabriquer un deuil.
—Pourquoi ? demanda-t-il.
Personne ne répondit.
Puis Delaunay consulta un relevé bancaire.
—Après le décès officiel de votre mère, quelqu’un a continué à payer chaque mois une somme importante à la clinique Sainte-Claire.
Adrien fixa le chiffre.
—Combien ?
—12 800 euros par mois.
Le silence devint glacial.
—Pendant combien de temps ?
—Six ans.
Adrien regarda Camille.
Elle ne pleurait plus.
Elle avait compris.
Tout était terminé.
—Pourquoi maintenir ma mère là-bas ?
Camille finit par parler.
—Parce qu’elle voulait te reprendre.
Adrien fronça les sourcils.
—Quoi ?
—Elle disait que tu étais devenu quelqu’un que tu n’étais pas. Elle voulait annuler certaines décisions concernant l’entreprise. Elle voulait contrôler à nouveau les parts familiales.
—Et alors ?
—Et alors… elle aurait pu tout changer.
Adrien comprit.
La société Villeneuve Industries n’appartenait pas entièrement à Camille et lui.
Marguerite possédait encore 38 % des actions.
Des actions qu’Adrien avait toujours cru avoir héritées six ans auparavant.
Delaunay vérifia rapidement les documents.
Puis son visage devint grave.
—Monsieur Villeneuve…
—Quoi ?
—Votre mère n’a jamais transféré ses actions.
Adrien sentit son cœur battre plus vite.
—Alors à qui appartiennent-elles ?
—À elle.
Le téléphone de Delaunay vibra.
Il consulta le message.
—J’ai demandé à mon collaborateur de vérifier les registres de la clinique.
Il marqua une pause.
—Madame Marguerite Villeneuve est toujours enregistrée comme patiente.
Adrien se leva.
—On y va.
Camille s’interposa.
—Non.
Ce seul mot suffit.
Adrien la regarda.
—Pourquoi ?
—Parce que tu ne sais pas dans quel état elle est.
—Je vais le découvrir.
—Elle pourrait ne plus te reconnaître.
Adrien s’approcha d’elle.
—Même si elle ne me reconnaît pas, je veux la voir.
Puis il ajouta :
—Et si elle m’a attendu six ans, je ne lui ferai pas attendre une minute de plus.
À l’aube, Adrien, son avocat et Élise arrivèrent devant la clinique Sainte-Claire.
Le docteur Moreau avait refusé de venir.
Il prétendait avoir besoin de temps.
Mais la direction, confrontée aux documents juridiques, finit par ouvrir l’accès au bâtiment B.
La chambre 214 était au bout d’un couloir silencieux.
Élise s’arrêta devant la porte.
—C’est ici.
Adrien posa la main sur la poignée.
Il tremblait.
Puis il entra.
Une femme âgée était assise près de la fenêtre.
Ses cheveux avaient blanchi.