Inès resta silencieuse.
Le maire fronça les sourcils.
— Madame Delorme, personne ne vous demande de—
— Elle a toujours été intéressée par notre famille ! coupa-t-elle. Et depuis quelque temps, elle posait des questions sur les papiers de Madeleine.
Un murmure parcourut la salle.
Inès releva lentement la tête.
— C’est faux.
— Tu veux vraiment continuer à mentir ?
Apolline s’avança.
— Grand-mère Madeleine t’a laissé entrer chez elle. Tu savais qu’elle conservait des documents importants. Tu savais qu’elle avait de l’argent.
Inès pâlit.
— Madeleine ne m’a jamais parlé d’argent.
Madame Delorme eut un sourire froid.
— Bien sûr.
Puis elle sortit une feuille.
— Une plainte a été déposée hier soir. Plusieurs bijoux et documents appartenant à Madeleine auraient disparu après sa mort.
Le silence tomba.
Inès comprit.
Ils ne cherchaient pas simplement à l’humilier.
Ils voulaient faire d’elle une voleuse.
Le maire prit la feuille.
— Une plainte officielle ?
— Oui.
Madame Delorme regarda Inès.
— Et nous savons tous qui avait accès à ses affaires.
Cette fois, plusieurs villageois détournèrent les yeux.
Inès sentit sa gorge se nouer.
Elle venait d’être rejetée par les seuls adultes qu’elle avait considérés comme sa famille.
Et maintenant, on voulait salir le nom de Madeleine pour la faire taire.
Mais quelqu’un se trouvait au fond de la salle.
Un petit garçon.
Il avait environ neuf ans.
Il s’appelait Lucas.
Depuis sa naissance, il ne parlait presque jamais.
Au village, tout le monde le connaissait.
Il communiquait principalement avec des gestes, quelques mots écrits et des dessins.
Lucas était le petit-fils d’Henri Delorme.
Il avait assisté à toute la scène.
Quand Madame Delorme posa la feuille sur la table, il se leva brusquement.
Sa mère tenta de le retenir.
— Lucas, assieds-toi.
Il secoua la tête.
Puis il regarda Inès.
Et fit un geste que personne ne comprit.
Il sortit de sa poche un petit carnet bleu.
Il l’ouvrit.
Sur une page, il y avait un dessin.
Une grande maison.
Une femme âgée.
Une enveloppe.
Et trois personnes.
L’une d’elles portait une veste sombre.
Lucas pointa le dessin.
Puis il pointa Madame Delorme.
Elle devint livide.
— Qu’est-ce que tu racontes ?!
Lucas se mit à trembler.
Sa mère s’approcha.
— Il essaie de dire quelque chose.
Le garçon secoua la tête.
Il prit son crayon et écrivit maladroitement :
« Elle a pris. »
Tout le monde se figea.
Madame Delorme éclata de rire.
— Il ne sait même pas écrire correctement !
Mais Lucas ne la regardait plus.
Il regardait Inès.
Puis il écrivit une seconde phrase.