« Pas Inès. »
Le maire se redressa.
— Lucas, tu es certain ?
Le garçon hocha la tête.
Puis il dessina une flèche.
Elle allait de la maison de Madeleine vers la voiture de Monsieur Delorme.
Inès sentit son cœur battre plus vite.
— Qu’est-ce que tu as vu, Lucas ?
Le petit garçon regarda sa mère.
Elle posa doucement une main sur son épaule.
— Tu peux lui montrer.
Lucas fouilla dans son sac.
Il en sortit une vieille enveloppe froissée.
À l’intérieur se trouvait une photographie.
On y voyait Madeleine, beaucoup plus jeune, devant la propriété des Delorme.
À côté d’elle se trouvait Henri.
Et derrière eux, un jeune Monsieur Delorme.
Au dos de la photo, une phrase avait été écrite à la main :
« Le jour où Henri découvrira les comptes, ils essaieront de récupérer ce qui ne leur appartient pas. »
Inès resta immobile.
Le maire demanda immédiatement :
— Où as-tu trouvé cette photo ?
Lucas pointa la forêt.
Puis la vieille maison de Madeleine.
Sa mère comprit.
— Il était souvent là-bas avec sa grand-mère.
Lucas secoua la tête.
Il écrivit :
« Elle m’a montré. »
Le village devint silencieux.
Madame Delorme recula d’un pas.
— Ce garçon ne comprend rien à cette histoire.
Mais Henri Delorme, lui, venait de se réveiller à l’hôpital.
Et lorsqu’un gendarme lui montra la photographie, il demanda immédiatement à parler au maire.
Sa voix était encore faible.
Mais ses premiers mots furent parfaitement clairs.
— Elle a raison.
Le gendarme fronça les sourcils.
— Qui ?
Henri ferma les yeux.
— Madeleine.
Puis il ajouta :
— Et Inès n’a rien volé.
Deux jours plus tard, une enquête financière fut ouverte.
Henri révéla alors quelque chose que personne dans le village ne savait.
Vingt-deux ans auparavant, Madeleine avait découvert que son mari avait placé une partie de son patrimoine dans une société familiale.
Après son décès, cette société devait revenir à leurs deux fils à parts égales.
Mais une série de documents avait été modifiée.
Des parts avaient été transférées.
Des comptes avaient disparu.
Et surtout, une partie de l’héritage avait été détournée au profit de la branche familiale de Monsieur Delorme.
Henri avait soupçonné son frère depuis longtemps.
Mais il n’avait jamais eu suffisamment de preuves.
Madeleine, elle, en avait conservé certaines.
C’était pour cette raison qu’elle avait toujours refusé de laisser les Delorme entrer seuls dans son bureau.
C’était pour cette raison qu’elle avait dit un jour à Inès :
— Ne fais jamais confiance à quelqu’un qui te rappelle sans cesse tout ce qu’il prétend avoir fait pour toi.